—Peur que cet amour que vous jurez ne soit point si profond…

—N'entendez-vous pas aux accents de ma voix que je ne pourrais mentir!… Ce que je voudrais, ma belle fiancée, c'est vous inspirer une partie de l'amour que je ressens pour vous…

—Ne vous ai-je pas dit que j'ai peur?

—Oui!

—Eh bien, fit-elle en baissant les yeux et laissant sa main dans celle de Fernand, j'ai peur, parce que vous aimant, moi qui suis une étrangère, je crains que ma gaucherie ne vous éloigne de moi…

—Mais, vous m'aimez? demanda hardiment le jeune homme.

Elle lui prit la main, et, souriante, elle détourna la tête comme pour échapper à son regard. Fernand, ravi, porta la main d'Iza à ses lèvres et tomba à ses genoux, puis, comme enivré, après l'avoir contemplée un instant, il dit:

—Iza, c'est une passion folle qui s'est emparée de moi; votre image est constamment devant mes yeux, dans la vie maintenant je marche inconscient, mon regard ne voit que vous; comme les Mages guidés par l'étoile le jour de la naissance du Seigneur, je marche ébloui, ne voyant rien de ce qui s'agite autour de moi, allant à cette étoile de ma vie, à cette lumière: Vous!… Aujourd'hui il adviendrait un obstacle à notre union, je marcherais résolu au-devant; déjà vous êtes à moi, déjà c'est vous qui êtes mon âme, ma vie… et je deviendrais criminel si vous ne deviez être ma compagne.

Iza écoutait souriante, laissant sa main dans la main brûlante de son amoureux et penchant la tête pour bien entendre, comme les oiseaux penchent leur tête pour écouter la chanson qui ressemble à ce qu'ils chantent.

Et la voix de Fernand était pénétrante et son aveu était sincère. Habitué à vivre dans les amours faciles de la vie parisienne, jamais son cœur n'avait tressailli devant une femme; le cerveau seul avait aimé, un jour, une heure. Il appelait amour le désir de la possession, et la possession amenait l'ennui.