Iza était dans le ravissement. Les meubles, les tentures étaient presque neufs, et Fernand loua l'hôtel et acheta le mobilier.

Le lendemain, les domestiques de Séglin s'y installèrent et le préparèrent pour recevoir leur maître. Le mariage était décidé, le jour fixé.

Le jour où la jeune Iza, dans sa blanche toilette, descendait l'escalier du Grand-Hôtel pour monter dans la voiture qui la conduisait à la mairie, il y eut dans la foule de curieux assemblés devant la porte un murmure d'admiration.

Toute la finance et le haut commerce assistaient au mariage du banquier commissionnaire, Fernand Séglin, et c'était un concert de louanges et de félicitations… Naturellement les plus extravagants mensonges circulaient comme des vérités. On disait que la mariée était d'une famille princière, qu'elle apportait à son mari plus de cinq millions, qu'elle avait en bijoux la moitié de cette somme; on disait que le vieil oncle était un grand personnage, bien plus riche encore, intriguant avec la Russie, et qui se débarrassait de sa nièce pour aller là-bas recommencer ses intrigues.

La vérité, c'est que le vieux Danielo avait dit qu'il attendait impatiemment la célébration du mariage; car il était rappelé dans son pays pour des affaires urgentes, et il avait dit à Fernand qu'il partirait le lendemain de son union avec sa nièce.

Ce fut pour Séglin une journée qui dura un siècle, tant il avait hâte d'être débarrassé des indifférents qui l'entouraient pour se trouver seul enfin avec celle à laquelle, il le sentait, il appartenait corps et âme.

Ces félicitations, ces compliments, dont la banalité égalait l'indifférence, l'agaçaient; les regards admiratifs qui couvraient sa femme le blessaient; il était forcé de sourire lorsque la mauvaise humeur l'étouffait, forcé de remercier d'un mot agréable lorsque l'injure lui venait aux lèvres.

Le soir, on dînait au Grand-Hôtel.

Oh! l'interminable journée. Et que les gens étaient lents à servir! Le dîner n'en finissait plus: il semblait à Fernand qu'on prenait un malin plaisir à prolonger cette cérémonieuse soirée…

Il était agité, nerveux, inquiet, car il lui sembla que son oncle affectait trop le mépris qu'il avait pour les lois du Coran… Il buvait!… il buvait!… et paraissait,—à en juger par les rires de ceux qui l'entouraient,—avoir une conversation bien gaie; les dames plusieurs fois avaient tourné la tête…