Enfin, vers dix heures, on se retira, et Fernand tout tremblant enveloppait Iza d'une longue pelisse et ne voulait laisser à personne le soin de s'occuper d'elle. Il prit son bras et la conduisit à sa voiture; le vieil oncle Danielo embrassa sa nièce, et Fernand s'étant placé près de sa femme, la voiture les conduisit au petit hôtel d'Auteuil.
Dans la grande voiture, ils s'étaient placés l'un en face de l'autre, Fernand tournant le dos aux lanternes, dont la lumière éclairait le visage d'Iza, placée devant lui.
Quand les chevaux partirent, Fernand dit:
—Enfin, nous sommes seuls!
Il lui prit la main, et elle sourit; il la regardait heureux, ne trouvant pas une parole à dire, l'admirant, car la lumière qui l'inondait la rendait semblable à ces belles saintes de notre art païen; elle paraissait enveloppée d'une auréole, et son teint chaud et ses cheveux bruns tranchaient violemment, dans son voile blanc, sur lequel les boutons de fleurs d'oranger s'égrenaient; dans ses mains brûlantes, il sentait sa main molle et fraîche.
Il était heureux, il la contemplait en souriant à son sourire, la tête penchée, n'osant parler, ne trouvant pas de mots qui rendissent ce qu'il voulait exprimer; longtemps ils restèrent ainsi, les regards dans les regards; Fernand transformé par sa passion, devenu chaste, et sachant que, sans s'être dit un mot, ils avaient eu un long entretien d'amour.
Et au contraire de ce que lui avait paru être la journée, il fut surpris quand la voiture s'arrêta et que le domestique ouvrit la portière. Ils étaient chez eux, et il lui sembla qu'il venait à peine de sortir du Grand-Hôtel.
Il prit Iza dans ses bras et la porta sous le vestibule, craignant qu'elle ne se fatiguât; puis, s'étant fait éclairer jusqu'à son appartement, il renvoya la femme de chambre, lui disant que madame la sonnerait quand elle aurait besoin d'elle.
Les soubrettes baissèrent la tête pour cacher un malin sourire et se retirèrent. Ils étaient dans le boudoir qui précédait la chambre de madame. Seul avec Iza, Fernand l'aida à retirer sa pelisse, détacha doucement son voile et sa couronne, embrassa ses beaux cheveux dont quelques mèches tombèrent sur son épaule. Il la conduisit comme un enfant vers une grande causeuse; lorsqu'elle fut assise, il se mit à genoux, s'étendit à ses pieds, et, prenant ses petites mains et cachant sa tête, il dit:
—Iza, que je suis heureux… que je t'aime!