—Peut-être l'oncle Danielo est en route et vient lui-même apporter les valeurs, ce qui expliquerait que les télégrammes et les lettres sont restés sans réponse.
En montant en voiture, cette dernière pensée était pour lui presque un fait; il hésita un instant à aller d'abord à Auteuil voir si le vieux Moldave n'était pas arrivé le matin même. Mais il se rendit d'abord chez les grands banquiers Ardouin, qui, lors de la soirée à Auteuil, avaient insisté pour entrer en affaires avec lui.
Lorsqu'il eut fait passer sa carte, M. Ardouin aîné le fit aussitôt entrer dans son cabinet.
L'accueil froid du vieillard l'embarrassa et le gêna un peu pour parler; mais, se domptant aussitôt, il lui expliqua le but de sa visite, en même temps que le motif.
D'un ton froid, glacial, Ardouin aîné lui répondit:
—Monsieur Séglin, je le regrette beaucoup, mais il m'est absolument impossible de vous faire cette somme; l'échéance de ce mois est la plus forte de l'année…
Fernand était tout décontenancé; cependant il insista en disant:
—Si vous ne pouvez me faire toute la somme, voulez-vous m'en faire une partie?
—Non, monsieur Séglin… Nous ne faisons pas ce genre d'affaires… et je m'étonne que vous ne vous adressiez pas aux personnes avec lesquelles vous traitez d'ordinaire.
Fernand blessé, au moins autant par le refus que par l'allure singulière du banquier, se leva et dit: