Et, sans doute pour se donner de l'exercice, pendant dix grandes minutes il mâcha, mâcha; lorsque ses mâchoires furent au repos, sa face engraissée d'un côté, il recommença sur ses chevaux la correction du début, en disant:

—Qu'est-ce que c'est? On prend du ris… on a peur du vent, on craint d'aller trop vite!… Avant là!

Et le fouet claqua et cingla à droite et à gauche; les chevaux, à la grande joie de Mme Séglin, faillirent s'emporter. La voiture ayant suivi les quais—on eût pu croire que le cocher avait une passion pour ce chemin—tourna dans la rue Saint-Paul, remonta la rue Saint-Antoine, la rue Charonne et s'arrêta enfin devant la grille de la petite maison que nous connaissons. Sur un coup de sifflet du cocher, on vint ouvrir, la voiture entra, suivit l'allée et s'arrêta devant le perron; les chevaux n'étaient pas arrêtés, que la belle Iza avait légèrement sauté à terre, avait ouvert la porte du vestibule et demandait à un nègre qui descendait à moitié vêtu:

—Le maître est levé?

—Maître? dit le nègre; c'est lui qui m'a éveillé en entendant la voiture.

—Cours dire que c'est moi…

Le nègre grimpa l'escalier; mais Iza, qui craignait de perdre du temps sans doute, le suivait… Elle attendit seulement à la porte de l'antichambre, lorsque, arrivé au premier, le nègre entra dans l'appartement. Il revint aussitôt et introduisit la jeune femme.

Iza entra dans une vaste chambre dont les tentures étaient baissées devant chaque fenêtre; au milieu était un lit à colonnes, rideaux fermés. Elle se dirigea vers ce lit et dit:

—Maître, maître, je viens vous parler.

—Je suis à toi, Iza; mais je t'entends… Qu'y a-t-il?