—Ce n'est pas de chez un banquier?

—Non; voici la carte…

Fernand la prit, et, l'approchant de sa lampe, il lut:

Jules Lorillon, ancien notaire.—Puis au-dessous, au crayon: hôtel du
Helder, jusqu'à onze heures et demie.

—Comment, exclama Fernand, jusqu'à onze heures et demie! Ce soir?

—Oui, monsieur; vous ne m'avez pas laissé achever… Il a dit qu'il partait en Angleterre par le train de minuit un quart; il prend le bateau demain matin… Or, il vous prie d'aviser la maison Wilson par un télégramme qu'on veuille bien lui payer les valeurs là-bas, à cause de l'erreur qu'il a commise.

Fernand Séglin, en entendant la dernière phrase, était devenu livide. Il avait été obligé de s'appuyer à la table pour ne pas tomber; il ne voyait plus, il n'entendait plus, un étourdissement le faisait vaciller, et dans ses oreilles bourdonnaient ces mots: «Il vous prie d'aviser la maison Wilson…» Cette fois, c'était fait: il était perdu… Il avait l'argent en main et il ne pouvait empêcher les faux d'aller à Londres… Il fit un effort, passa la main sur ses yeux pour écarter le brouillard qui troublait ses regards…, puis, se redressant, il regarda l'heure à sa montre, il était onze heures dix… Il n'avait plus la chance de retrouver l'homme à l'hôtel… mais il pouvait lui aussi prendre le train, et, à l'heure de l'inscription au paquebot, il trouverait l'individu et solderait les valeurs. Heureusement Picard avait apporté les fonds.

En dix secondes, son plan fut arrêté. Martin parlait toujours, pour expliquer pourquoi il arrivait aussi tardivement. Séglin n'entendait plus. Il sonna et dit au domestique qui parut:

—Vite, qu'on attelle… Préparez ma valise pour un jour ou deux de voyage… Vite, avant cinq minutes il faut que je sois parti…

—Et moi, monsieur? demanda Martin.