Fernand ayant dit qu'il ne rentrerait que le lendemain, tout dormait dans la maison. Il évita de faire du bruit en ouvrant et en fermant la petite porte; cherchant à étouffer le crépitement de ses pas sur le sable, il ouvrit doucement le vestibule et grimpa. Habitué à la maison, il se dirigeait dans l'ombre. Il entra chez sa femme, traversa l'antichambre, entra dans le boudoir qui précédait la chambre; là il vit clair. La petite lampe d albâtre jetait sa clarté blanche à travers la grande glace dont nous avons parlé; Fernand marchait doucement et sans bruit sur le tapis; il voulut ouvrir la porte de la chambre d'Iza, mais le verrou était fermé en dedans… Il rit en disant:

—Pauvre petite, seule, elle avait peur… elle s'est enfermée chez elle!

Et Fernand, fatigué par ses tourments et par ses démarches, se dit: Je viendrai demain, ne l'éveillons pas, pauvre belle; elle mourrait de peur si elle entendait frapper à sa porte, à cette heure… Il allait se retirer lorsque tout à coup il sentit qu'on lui touchait l'épaule, il se retourna vite et… et ce fut épouvantable pour lui…

Sans voix, sans souffle, la bouche ouverte, les yeux hagards, voulant vainement lutter contre le tremblement qui agitait son corps, s'accrochant aux tentures pour ne pas tomber, effrayé, Fernand voyait devant lui l'ombre de Pierre Davenne.

Inondé par la lumière mate de la lampe de la chambre, couvert d'un long manteau blanc, son suaire, il était là devant lui, pâle, livide, mais l'œil brillant et menaçant. Droit, le bras levé, montrant le lit à travers la glace, il dit d'une voix qui semblait un râle à Fernand.

—Infâme, regarde…

Et l'ombre se recula et disparut.

Fernand presque fou, tremblant de peur, affolé par le surnaturel, déjà secoué par les trois jours de tourments et de terreurs qu'il avait passés, cherchait à retrouver son énergie… L'ombre disparue, il passa les mains sur son front pour chasser cette vision, se persuadant que c'était là une hallucination d'une minute, amenée par la fièvre qui le brûlait depuis deux heures…

Il s'avança vers la grande glace… Une sueur froide perla sur son front, et ses dents claquèrent. L'ombre de Pierre entrait dans la chambre sans bruit; épouvantable dans son silence, elle se dirigeait vers le large lit d'ébène que les grands rideaux fermaient. Fernand sentait ses moelles se glacer. Est-ce que le fantôme allait poser ses lèvres mortes sur le front de sa femme? Est-ce que cette ombre venait se venger en tuant celle qu'il aimait?… Est-ce qu'il venait la chercher cette nuit pour l'emmener dans sa tombe?…

Tout cela était insensé… Mais Fernand épouvanté devenait fou; il se cramponnait à la grande cheminée pour ne pas tomber: il voyait le mort avancer vers le lit, il voulait crier et sa voix s'éteignait dans sa gorge. Il le vit monter une des marches du grand lit, son linceul semblait plus blanc sur la peau noire de l'ours… Là, il s'arrêta, il tourna sa tête, le visage rigide, sombre comme la vengeance; ses yeux pleins de haine lançaient un regard qui terrifia le malheureux… Il lui sembla que son bras, s'étendant vers le lit, voulait lui répéter encore: