Mais pour cela il fallait être libre, et Fernand résolut de se sauver.
La voiture marchait depuis une dizaine de minutes: il était encore de très bonne heure, et sur la route qu'elle suivait on ne voyait que peu de passants. Séglin ouvrit à demi les yeux sans bouger, et regarda de côté l'agent chargé de le surveiller; celui-ci, très tranquille en raison du mutisme et du calme de son prisonnier, était accoudé sur la portière et regardait dans la rue. Le misérable pensa à se précipiter sur l'agent, à l'étrangler, et à sauter par la portière. Mais une lutte, si courte qu'elle pût être, engagée dans la voiture, secouerait assez le cocher et l'agent placé sur le siège pour que ce dernier, étonné, regardât ce qui se passait… Fernand chercha un plan… Il l'eut vite trouvé.
Toujours penché en arrière, il remarqua que, sur le siège, l'agent se trouvait placé du même côté que celui qui était dans la voiture; il glissa son doigt dans le pêne de la porte, et fit tourner le loquet sans être vu; cela fait, il eut un soupir, un long bâillement et dit comme se parlant à lui-même:
—Que je voudrais être arrivé… je suis exténué…; puis, s'adressant à l'agent: Êtes-vous fumeur?
—Non, monsieur!… Mais que voulez-vous?…
—De quoi faire une cigarette…
—Je puis demander ça à mon collègue…
—Je vous serai bien obligé…
Fernand Séglin avait regardé où il se trouvait; la voiture, après avoir longé la Seine, à cause de travaux sur les quais, s'engageait dans les rues de l'ancien Passy; et à cette heure matinale personne n'était dans la rue. L'agent ouvrit la vitre de la portière et se pencha pour demander du papier et du tabac à son camarade. Au même moment et en même temps que ce changement de place produisait un balancement, les deux agents se penchant du même côté, l'un pour demander, l'autre pour donner, Fernand poussait la portière et descendait, puis, rapidement il courait et tournait dans la première rue…
Quand l'agent rentra dans la voiture pour lui donner le papier, il s'aperçut seulement de sa fuite… Il jeta un cri et sauta à terre…