—Ah! artiste… Et aussitôt il ajouta: Vous savez, monsieur, que le propriétaire exige, si vous louez à l'année, six mois d'avance.

—Ceci m'est indifférent; et le prix?

—Il dit dix mille francs, mais vous pourrez l'avoir pour huit mille en ne lui demandant aucun changement et en louant à l'année.

—Ce n'est pas vous qui traitez…

—Non, monsieur…

—C'est que je suis très pressé… Mes travaux m'obligent à venir par ici très souvent; si je le pouvais, j'entrerais demain.

—Rien n'est plus facile, monsieur; le propriétaire reste rue de Turenne, je vais vous y conduire; nous sommes certains de le trouver, il est infirme.

On se rendit aussitôt chez le propriétaire et l'affaire fut traitée. Fernand versa quatre mille francs d'avance, il donna cinq louis au concierge qui l'avait dirigé dans sa location, et le chargea de lui trouver pour le surlendemain une domestique. Il avait loué sous le nom de Carle Lebrault, artiste sculpteur. Toute la journée du lendemain, des Italiens chez lesquels il avait été faire ses emplettes, rue de la Roquette, organisaient l'atelier, plaçaient le décor de son métier improvisé…; les plâtres étaient accrochés, les selles garnies de terre, les ébauchoirs traînaient partout… Et, le soir, le sculpteur Carie Lebrault prenait possession de sa nouvelle demeure.

Le concierge, questionné par les vieux curieux du voisinage, disait:

—C'est un grand sculpteur qui restait dans le quartier du Luxembourg. Il se nomme Carle Lebrault. Et c'était un cri d'admiration lorsqu'il ajoutait: Il m'a donné cent francs de denier à Dieu.