—Pauvre homme!
Et Madeleine de Soizé sortit de la chambre, attristée par cette grande douleur, épouvantée par cette haine, mais respectueuse devant cette force de volonté. Pierre, sombre, restait l'œil fixe, sans regard, la pensée tout entière sur le but qu'il poursuivait.
Pendant ce temps Simon obéissant s'était rendu à Montmartre dans la rue étroite où le vieux Rig résidait depuis qu'il avait été chargé de jouer plusieurs rôles dans le drame de Pierre Davenne. Il apprit que le sauvage avait couché là; mais il était sorti au lever du jour. Sa vie, avait-on dit, était très régulière depuis quelque temps, et il était probable qu'il ne tarderait pas à revenir; assurément il devait être dans le quartier! Simon ne fut pas embarrassé; il avisa, en face de la maison de celui qu'il venait chercher, un bureau de tabac augmenté d'un débit de liqueur.
La grande salle du premier étage était occupée par un billard.
Simon se dit aussitôt:
—Le vieux gredin tire des bordées dans les environs… Espère! espère! J'entre là, je monte au premier, je me mets de quart à la fenêtre… Il y a des munitions dans le dessous… Espère! espère!…
Il entra dans le débit de tabac, renouvela sa boîte de «pralines» et dit à la marchande stupéfaite:
—J'espère un ami, je monte dans le dessus… Et je me place en vigie… Il faut de l'œil… faites-moi servir un verre pour brûler le quart…
—Qu'est-ce que vous demandez… un petit verre?
—Envoyez-en un grand… et qu'on oublie la bouteille… Si la vieille carcasse fait des escales, il n'abordera peut-être pas avant la soupe… Espère! espère! Je vas me monter.