Le chien sous la voiture eut un grognement…
—Qu'est-ce que c'est, Radis? fit à mi-voix Rig fronçant les sourcils et regardant autour de lui… Tout était calme, il caressa le chien qui se recoucha en attendant…
—Rien! une fausse alerte!… Celui qui viendrait me déranger à cette heure n'aurait pas de chance, grogna le vieux en dardant son regard fauve.
Il rentra dans sa baraque, prit le corps de Geo,—nous avons dit que Rig était d'une force extraordinaire;—il l'enleva comme une plume, les pieds battant d'un côté, la tête et les bras de l'autre, évitant de se tacher de sang, et il courut jusqu'à la demeure du misérable. Arrivé, il se mit à genoux et étendit le corps par terre; il allait se relever lorsqu'il reçut un choc effroyable sur la tête; il se dressait, mais il sentit ses bras pris dans une corde; il voulut se débattre, mais on était couché sur lui et on le ficelait. Le vieux Rig était pris; il n'osait crier, il sacrait d'une voix sourde en bavant de rage. Il ne fut pas longtemps avant de savoir à qui il avait affaire en entendant:
—Espère! espère! vieux coquin… Ah! on veut manger tout, à soi seul… Vieux gabier, potence à l'ail, tu vaux cher… Quelle chance, hein! que je fasse bien les épissures. Es-tu gentiment ficelé?… Vieux sauvage, si je t'ai cassé quelque chose…, espère, espère, nous ne le perdrons pas: tout est attaché solidement.
—Simon…, tu payeras cher ta trahison…
—Comment, vieux coquin… Ne redis pas ce mot-là, je te colle des pichenettes sur le nez… Vieille carcasse à potence; pour une fois que l'on a confiance en toi.—C'est vrai qu'il fallait être naïf.—Je le disais au lieutenant… Le pauvre garçon qui vient te réclamer ses sous, et tu le tues… Tu vas être lourd à emporter; dis donc, sauvage, si j'allais chercher les gendarmes… Ce sera pour une autre fois,… le lieutenant veut te parler… Comme je ne te déshabillerai pas… ça te va bien les ficelles… Je ferai les gestes quand tu parleras… Espère! espère!
Et en disant ces mots, Simon ficelait absolument ainsi qu'une momie le vieux Rig… encore abruti par le coup de poing que le matelot lui avait appliqué sur la tête pour annoncer son arrivée.
—Tu n'as pas été gentil avec Georgeo… Ah! vieux polisson, peut-être que tu étais jaloux à cause de la sauvage… Mais faut dire aussi que tu n'es pas galant avec elle. Si c'est comme ça que tu entretiens celles auxquelles tu portes intérêt… Allons, Rig, maintenant nous allons rendre notre visite, sois aimable. Et le matelot prit Rig comme un ballot et l'emporta sur son épaule. Il sortait; le vieux sauvage, prudent, dit:
—Simon, ferme la porte.