—Lorsque j'ai chargé Iza du rôle qu'elle a joué…, je t'ai payé encore; tu l'oublies, et la misérable petite n'a consenti à prendre le nom du coquin qu'à un prix arrêté entre nous… Est-ce qu'aujourd'hui tu es responsable, toi, de ce qu'a fait Iza?… Et tu oublies toujours Georgeo: c'est toi aussi, toi qu'il haïssait cependant, qui me l'as fait connaître… Rig, je ne m'occupe pas de Geo, mais tu vas rendre la part d'Iza.

—Personne ne reprendra à Rig l'argent qui est à lui… Là-bas, il m'a surpris; mais ici, je suis libre.

Et comme Rig semblait se redresser, qu'il avait déjà regardé, deux fois autour de lui—comme le fauve, prêt à s'élancer, cherche la voie qu'il suivra,—calme et froid, Pierre ouvrit le tiroir d'un meuble, en sortit un long revolver et en tira la baguette d'arrêt…; puis, le doigt sur la détente:

—Rig m'appartient… Il est chez moi, et sa vie est dans mes mains.
S'il essaye de fuir, je l'étends à mes pieds.

En voyant le canon de l'arme dirigé sur lui, le vieux sauvage eut un tressaillement involontaire qu'il réprima aussitôt; il dirigea son regard sur celui de Pierre: il n'eut pas de doute sur l'exécution de la menace, mais il se redressa crânement aussitôt en disant:

—Je ne fuirai pas, vous lâcheriez la police à mes trousses; mais je ne rendrai pas la part d'Iza, elle m'appartient…

—Et si je te faisais arrêter?

—Vous ne le ferez pas… Vous n'avez pas à craindre la police…, mais vos intérêts vous obligent à ne pas le faire. Et en disant ces mots il regardait Pierre, il vit qu'il disait vrai.

Pierre dit brusquement:

—Finissons-en, veux-tu être tranquille…? Veux-tu que j'oublie ce que tu viens de faire? Garde la part de Geo. Rends la part d'Iza et pars ce soir pour ne plus mettre les pieds en France; car, dans trois jours, Rig,… dans trois jours, entends-tu? les intérêts que j'ai à ménager seront satisfaits… et je pourrais te livrer à la justice… Alors ce serait tout qu'il faudrait rendre, tout avec ta vie… Veux-tu?