Le front du vieux saltimbanque se plissa une seconde, ses yeux se fermèrent bien…; mais se domptant et raidissant les bras, les poings fermés, comme pour imposer nerveusement à lui-même sa volonté, il dit en serrant les dents:

—Non! non! l'argent est à moi… Et puis je ne crois pas à tout cela…

—Rig, réfléchis!

Le vieux coquin regarda autour de lui, la porte derrière était ouverte, le bras armé de Pierre était baissé; en une seconde il pensa que Davenne était incapable de le poursuivre pour une somme d'argent, qu'on voulait seulement l'intimider pour l'obliger à rendre l'or volé. Il répondit:

—Non! non, vous ferez ce que vous voudrez!… L'argent d'Iza, c'est le mien.

Et d'un saut prodigieux en arrière, il se trouva sur l'escalier, il glissa plutôt qu'il ne descendit, bousculant tout.

Il y eut un fracas dans l'escalier, suivi d'un bruit métallique qui fit aussitôt sortir Pierre Davenne la lampe d'une main, le revolver de l'autre. On entendait crier dans l'ombre.

—Ah! vieille potence, tu m'as abordé… Espère! espère!… ne te baisse pas, vieux gredin…ou je t'étrangle.

La lumière apportée par Pierre éclaira la scène. Simon tenait le vieux Rig au cou, et celui-ci cherchait à écraser le matelot sur les barreaux de la rampe; sur les marches de l'escalier, le petit sac de cuir de Russie tout garni de platine, éventré et duquel tombait, ruisselant sur le tapis qui couvrait les marches, un flot d'or… C'était la sacoche d'Iza que le matelot avait été reprendre dans la voiture du vieux sauvage…

Aussi, en voyant l'or qu'il avait caché pris par Simon, était-il décidé à en finir avec le matelot; mais si l'un était adroit, l'autre était plus jeune et plus fort.