Oh! c'était un fort, le vieux Rig: quand il commettait une mauvaise action, la main tournée, il n'y pensait plus.
Il s'éveilla au matin calme et l'esprit léger; il ne dérangea rien dans sa voiture, étant décidé à hâter la petite infamie qu'il préméditait et à aller aussitôt le plus loin possible pour se mettre à l'abri de ceux qui n'allaient pas manquer de le rechercher, dès qu'ils s'apercevraient de sa conduite. Rig fit sa cuisine et, tout en déjeunant, il cherchait comment il pourrait retrouver Mme Davenne. La même idée qu'avait eue Séglin lui vint. Il allait se rendre rue Payenne; assurément, celle qu'il voulait retrouver ne demeurait plus là; mais, avec un peu d'intelligence, il interrogerait quelques personnes du quartier, et il ne devait pas manquer d'avoir bientôt tous les renseignements qu'il demandait.
Pour être bien reçu, pour trouver des gens disposés à répondre, il fallait ne pas avoir l'air d'un vieux vagabond. C'est ce que pensa Rig, qui chercha une minute comment il allait se vêtir… Il fouilla dans sa grande malle et en sortit deux costumes très beaux, avec lesquels il avait joué le rôle du vieil oncle d'Iza, le vieux Zintski. Fernand n'étant plus à craindre, ne courant pas le risque de le rencontrer, le vieux Rig pouvait redevenir le Moldave millionnaire et faire de nouvelles dupes. Il s'habilla soigneusement et se fit le visage du rôle; puis, content de lui, il se dirigea vers la rue Payenne. Il alla naturellement dans la maison qui faisait face à l'ancienne demeure de Pierre et entra chez le concierge.
—Monsieur, dit-il, seriez-vous assez aimable pour me donner des renseignements sur deux personnes qui habitaient le quartier l'an passé et que des intérêts de famille me font rechercher?
En voyant l'air aimable, doux et le costume étrange de celui qui se présentait, le concierge s'empressa, lui offrit un siège et lui dit:
—Monsieur, je me mets entièrement à votre disposition.
—Vous vous souvenez peut-être des personnes qui habitaient le petit pavillon en face de chez vous?
—Oui, monsieur, parfaitement: M. Pierre Davenne.
—C'est cela même.
—M. Davenne est mort.