—Je sais cela; mais je voudrais savoir où réside maintenant sa veuve.

—Ma foi monsieur, cette question m'a déjà été faite dernièrement… Nous l'ignorons absolument; mais en allant chez le notaire de la famille, qui demeure près d'ici, vous serez assurément renseigné.

Le vieux Rig avait une antipathie particulière pour tous les officiers ministériels: il n'aurait jamais osé aller chez le notaire de celui qu'il avait fait disparaître de ce monde; le vieux était prudent: il n'était pas certain,—jugeant les autres à sa valeur;—que le notaire n'eût pas eu connaissance de la mort simulée de Pierre Davenne, il dit donc:

—Je ne voudrais pas aller chez le notaire: je voudrais avoir des renseignements particuliers assez discrètement pour qu'ils ne révélassent pas les recherches que je fais; cela est utile pour sauvegarder les intérêts que je défends.

—Mon Dieu, monsieur, je ne pourrai vous donner d'autres renseignements que ceux-ci: Après la mort de Pierre Davenne, la veuve fut relevée un soir dans la rue, malade, mourante; on la transporta chez elle, des soins lui furent donnés; mais elle était dans un état tel qu'on dut la conduire dans une maison de santé. La malheureuse, songez; perdre en moins de deux jours son mari, un tout jeune homme qu'elle adorait, son enfant disparue, on ne sait comment… Elle était comme folle. C'est alors que le notaire de la famille…, je dis de la famille, on n'a jamais vu personne, le notaire vint et fit faire la vente.

—Ah! on a vendu? fit Rig.

—Oui

—Est-ce que la vente a rapporté beaucoup d'argent? Savez-vous à peu près le chiffre qu'elle a atteint?

—Ma foi non, c'était très joli, vous savez, c'étaient des gens qu'avaient pas besoin, des gens riches. C'était splendide chez eux, des meubles d'art, des choses superbes; tout le quartier était à la vente.

—Ç'a été cher? fit Rig, persistant.