—Comment si j'ai faim! exclama le matelot… Mais, mon lieutenant, vous ne vous figurez pas ce que ça creuse de sortir comme ça le matin… Si j'ai faim!
Rien ne peut dépeindre l'expression de Simon, en disant ces mots.
Depuis la veille une force nerveuse soutenait le jeune homme: il n'avait pas dormi et ne se sentait pas fatigué; il n'avait pas mangé et ne ressentait aucun appétit; il n'avait plus conscience du temps, il lui semblait que de longs jours déjà s'étaient écoulés depuis la terrible révélation et que la vengeance était tardive. Il regarda l'heure à sa montre et, haussant les épaules, il dit à son matelot:
—Tu as raison, il faut manger.
Alors il paya son cocher et ils entrèrent dans un cabaret voisin…
Entièrement perdu dans ses pensées, Pierre dit au matelot de commander; celui-ci s'en acquitta en conscience… Mais une stupéfaction nouvelle lui était réservée… Son maître ne mangea pas!… Il voulut le décider à prendre quelque nourriture, mais le maître lui dit sèchement.
—Mange, et tais-toi.
Quoique contrarié, le matelot Simon était trop respectueux envers son lieutenant pour ne pas obéir; il mangea seul… le dîner commandé pour deux.
Le repas terminé, le matelot dit:
—Mon lieutenant, nous rentrons?