—Tu prendras une voiture… et tu vas aller à Charonne, dans la maison que nous avons louée ce matin… tu cacheras ça… Fais bien attention, Simon… que c'est très important. Tu portes ma fortune.
Encore une fois, le matelot regarda son maître avec inquiétude…
Avait-il sa raison?… Il allait faire une observation discrète, mais
Pierre lui dit:
—Vite…. vite, Simon, c'est à minuit que le sauvage vient; il faut que tu sois là pour le recevoir, car personne ne doit le voir ici.
Simon allait encore essayer de parler. Pierre avait soulevé le coffre et le lui plaçait sur les épaules, puis il lui glissait l'ordonnance dans les mains et le poussait dehors en disant:
—Va… et pas de bruit… ferme doucement la grille… tu feras faire l'ordonnance en route et, avant de la rapporter, tu jetteras dans la rue la moitié des médicaments.
Le matelot maugréant obéit. Mais sorti de la maison, une fois dans le fiacre, ayant renouvelé sa praline pour se rafraîchir… après une grande demi-heure de réflexions muettes, le front plissé, les lèvres faisant la moue, il eut un geste violent et dit comme un homme qui prend une décision:
—Je veux en finir.. Non, non! pas de ça… je ne veux pas marcher en aveugle et me trouver perdu, sans boussole… pas de ça… Espère!… espère!… Il faut qu'il me dise où nous allons… ou sans ça… ou sans ça…
Il ne formula pas sa menace, il était arrivé; il se hâta d'aller enfouir dans la cave de la maison le coffre qui lui avait été si vivement recommandé.
Pendant ce temps, Pierre, seul, avait fermé le verrou de sa chambre pour n'être pas surpris debout; il s'était assis aussitôt devant sa table et avait écrit deux lettres courtes. Il les avait fermées, puis, les ayant mises dans une grande enveloppe, après avoir posé trois cachets, il écrivit:
«A ma femme Geneviève, pour être ouvert seulement lorsque ma dépouille mortelle sera dans la tombe.»