—Quand je le dirai, tu courras appeler madame pendant que je me cacherai; mais tu ne devras pas permettre qu'elle demeure près du maître…

—Bon!… toi, dit Simon en montrant une porte qui se trouvait à la tête du lit, tu rentreras là, c'est le cabinet de toilette; sous les vêtements, en cas d'alerte, tu peux te cacher… Au reste, je veillerai à ce qu'on n'y entre pas.

—Très bien.

Et le vieux sauvage se plaça près du lit, observant silencieusement son sujet… Simon, les yeux mouillés et mordillant ses lèvres, regardait et Rig et son maître, plein de terreur et de pitié.

L'ancien matelot de la Souveraine, ayant besoin d'une montre, avait été tranquillement prendre sur la cheminée, dans une coupe, celle que Pierre y avait mise en se déshabillant. C'était un superbe chronomètre de marine. Il le tenait d'une main, pendant que de l'autre il tâtait le pouls de Davenne; il observait sur l'aiguille des secondes l'affaiblissement des pulsations.

C'était un saisissant tableau que celui de la chambre de Pierre Davenne à cette heure de nuit, vaguement éclairée par la veilleuse qui pendait sous le lustre du plafond dans un globe d'albâtre. C'était la chambre d'un artiste, faite pour le rêve, sombre, meublée de vieux chêne, tendue de tapisseries épaisses, aux dessins étranges; les sculptures prenaient en cette nuit un aspect singulier, et Simon, frissonnant, croyait, dans le vacillement de la lueur de la veilleuse, voir les sujets des tapisseries prendre une forme humaine; il lui semblait qu'en se penchant sur le large lit à colonnes torses, le vieux sorcier le rétrécissait pour en faire un cercueil. Les lueurs faisaient scintiller diaboliquement à ses yeux les cuivres polis des candélabres et des chenets… Simon avait la mort dans l'âme, et, terrifié, il regardait le vieux Rig. Celui-ci observait, en l'étudiant silencieux, le maître, qui paraissait assoupi.

Après dix minutes, Rigobert demanda:

—Que ressentez-vous?

—Je suis fatigué, sans force; mon corps,—non, mon cerveau,—semble s'assoupir.

—Souffrez-vous?