Le médecin de service était venu le matin constater le décès; il se contenta de soulever les paupières pour regarder l'œil vitreux sans regard. Il avait lu l'ordonnance du médecin venu la veille et avait conclu que le malade était mort d'une hypertrophie du cœur…
Alors Simon s'était enfermé dans la chambre avec son maître, refusant de prendre aucune nourriture. Lorsque les employés des pompes funèbres s'étaient présentés, il avait fait porter le cercueil dans la chambre et avait demandé qu'on le laissât seul ensevelir son maître. On l'avait écouté. Puis il avait rappelé les croque-morts et leur avait fait placer et visser le couvercle. Le corps fut exposé. Alors il alla prévenir Geneviève que l'heure de la triste cérémonie était venue.
Celle-ci, toute vêtue de deuil, embrassa sa fille, et muette, étouffant sous la douloureuse émotion, elle suivit le matelot et descendit au salon, où Fernand racontait aux quelques amis qui attendaient pour conduire Pierre Davenne à sa dernière demeure l'étrangeté et la rapidité de cette mort presque foudroyante.
Lorsque le convoi se mit en marche, Geneviève monta dans une voiture, seule; derrière le corps marchait Fernand. Derrière les assistants marchaient, se donnant le bras, le matelot Simon et son ancien collègue Rigobert, vêtu pour la circonstance d'un large pardessus qu'il avait décroché sans façon dans la garde-robe de Pierre, prétextant qu'il ne pouvait retourner chez lui.
Pendant tout le temps que dura la funèbre cérémonie, le vieux Rig regardait la montre qu'il avait par mégarde prise sur la cheminée, et il maugréait tout bas:
—Ils n'en finiront donc pas avec leur lenteur!
—Nous avons le temps? demandait Simon.
—Nous avons le temps, oui… mais il ne faut guère en perdre… ou…
—Ou? interrogea Simon.
—Ou je ne réponds de rien.