Elle n'avait qu'à jeter un cri, et l'on viendrait… Elle ne voulut pas laisser voir ses appréhensions et feignit la plus grande attention…, absolument assurée cette fois qu'elle avait affaire à un fou. Aussi fut-elle assez stupéfaite quand le petit vieux lui dit:

—Je lis votre pensée, madame, vous croyez que je suis fou: vous regrettez de m'avoir si longtemps écouté. Je vais donc vous raconter ce qui s'est passé. Vous m'excuserez de parler franchement de votre situation alors… Il faut que vous me croyiez; il faut donc que je vous dise tout, et le motif de la mort, et le but de la résurrection.

Cette fois, l'insistance calme de l'individu embarrassa Geneviève; en entendant parler de sa situation d'alors, elle rougit, puis du motif de la mort, elle sentit un frisson courir dans son sang. L'individu s'assit et commença.

—M. Pierre Davenne me connaissait: lorsqu'il était aspirant à bord de la Souveraine, j'étais matelot… A cette époque, j'avais été pris par les sauvages, et j'avais appris chez eux la vertu de certaines plantes et de certains poisons, ceux dont ils se servent pour empoisonner leurs flèches.—Je raconte vite pour arriver au fait… A la suite d'accidents, je dus me sauver du bord! Je ne vis plus M. Davenne. J'étais à Paris, où je fais de la médecine secrète. Je me nomme Rigobert, dit le Sauvage…

—C'est vous!… fit Geneviève, vraiment effrayée, mais attachée au récit parce qu'elle recommençait à espérer. C'est vrai, j'ai en effet entendu conter par mon mari d'étranges histoires sur vous.

Le vieux Rig eut un mauvais sourire; mais il reprit:

—Un soir, votre mari vint me trouver… Je vous ai dit que je devais parler franchement. Votre mari avait appris que vous étiez la maîtresse de Fernand. Trouvant que la vengeance dans un duel était insuffisante; qu'ensuite l'aveu de sa situation, c'était toujours le déshonneur dans le ridicule, votre mari, se souvenant d'une cure étrange faite par moi sur un condamné à mort, vint me trouver. Il avait un plan de vengeance effrayant.

Geneviève, en entendant évoquer la honte passée, s'était d'abord caché la tête dans les mains; puis, en entrevoyant dans le récit du vieux Rig la possibilité de ce qu'il lui avait dit, elle le regarda et écouta attentive…, cette fois pleine d'espoir… et revoyant malgré elle la scène de la nuit où son mari était apparu si singulièrement! C'était donc vrai… Il vivait! Rien ne peut exprimer la sensation qu'elle ressentait à cette idée, tout en passant par les alternatives de terreur que lui donnait le récit effrayant du Sauvage.

Celui-ci continuait, se rappelant avec plaisir sa cure extraordinaire.

—Il me demanda si je pouvais lui donner les apparences de la mort de façon à tromper tout le monde, jusqu'à la tombe, enfin, et si je pouvais m'engager à lui rendre la vie… Je lui dis: Oui!