—Oh! exclama Geneviève.

—Je me rendis le soir rue Payenne, et j'ai, madame, un système dans ma médecine à moi. Voyez-vous, tout est là: le cœur! Le jour où ma vie sera assurée, je ferai sur ce sujet des études spéciales.

Geneviève regarda encore le vieux Rig; il lui sembla de nouveau qu'elle avait affaire à un fou. Celui-ci le vit; car, reprenant son récit, il continua:

—J'avais rendez-vous pour le soir même, Simon devait m'introduire dans la chambre de M. Davenne; mais si vieux que je puisse paraître, j'ai une vigueur et une agilité que plus d'un jeune homme m'envierait. J'escaladai le mur et me trouvai à l'heure dite dans la maison… C'est avec le curare, madame, un poison dont on ne connaît guère les qualités en France…, que j'exécutai la chose convenue.

—C'est-à-dire, demanda Geneviève, que vous fîtes prendre du curare à mon mari: il s'endormit, et ce sommeil avait les apparences de la mort…

—Oui, madame, du curare… Tenez en voici…

Et le vieux Rig tira encore son portefeuille graisseux; il fouilla dans les poches et en sortit un petit rouleau; il le développa et montra un morceau ayant l'apparence de la réglisse noire… Il en coupa un bout.

—Tenez, dit-il en faisant sa grimace—non, en souriant—tenez, madame, vous voyez que c'est bien inoffensif.

Et le Sauvage avala le morceau de curare. Geneviève ne pouvait se défendre d'un certain mouvement répulsif en présence du petit vieux et de ses agissements; celui-ci s'en aperçut, car il reprit:

—J'abrège, madame; par un procédé à moi, qui m'est personnel, j'employai le curare; dix minutes après vous rentriez… J'étais caché le long du lit… Vous vîtes votre mari et le crûtes mort…