Non, cela n'était pas possible!…
Il se pouvait que, ayant arraché de son cœur l'affection qu'il avait autrefois pour elle, un amour nouveau occupât son cœur… Cela la troublait, mais elle devait le supporter et elle le supporterait sans se plaindre; c'est elle qui avait donné l'exemple… S'il le fallait, elle se contenterait d'être l'amie dévouée…; elle chasserait ses pensées jalouses… Mais elle voulait être la mère, elle ne voulait pas qu'une autre portât ce titre près de son enfant; elle voulait l'affection tout entière de sa Jeanne, l'enfant pour laquelle uniquement elle avait consenti à vivre.
Geneviève se hâtait de descendre l'escalier; elle avait hâte de se retrouver avec Rig; elle voulait lui demander si le père vivait seul avec son enfant. Lorsqu'elle arriva dans la rue, elle vit quelques groupes qui causaient devant la porte.
La concierge, en la voyant, s'exclama sur son imprudence; elle voulut la faire entrer dans sa loge; mais Geneviève refusa, disant qu'elle se portait admirablement bien… Elle priait la concierge de voir si la personne qui descendait de chez elle ne revenait pas avec une voiture. La concierge la regarda avec stupéfaction.
—Qu'est-ce que vous me demandez là? Mais vous ne savez donc rien?… Ce n'est donc pas à cause de ce qui vient d'arriver que vous êtes descendue?
—Que vient-il d'arriver? demanda la jeune femme inquiète.
—Mais le petit vilain qui descendait de chez vous vient d'être arrêté.
—Comment? arrêté!
—Mais oui… et ils ont eu du mal, allez, à le maintenir dans la voiture. Nous nous demandions pourquoi, avec Augustin, et on croit que c'est un fou qui s'est échappé…
Geneviève fut forcée de s'appuyer à un meuble pour ne pas tomber… Un fou! tout ce qu'elle avait écouté, tout ce bonheur sur lequel elle venait de bâtir l'avenir…, tout cela mensonge! C'était un fou qui lui avait parlé… Ça avait été sa première pensée, et, après, elle l'avait repoussée, elle avait voulu croire… C'est si doux de croire ce qu'on désire.