De tout ce qu'elle avait entendu, il ressortait une chose absolument claire, c'est qu'on venait de s'emparer de celui qui venait pour l'aider, et que Simon, probablement chargé in extremis de l'éducation de sa Jeanne, voyant que l'enfant allait lui être enlevée, avait fait aussitôt arrêter le vieux Rigobert. Geneviève n'était pas bien assurée que le vieillard jouissait de toutes ses facultés, mais il savait quelque chose. Peut-être était-il fou! Et tout ce qu'il avait raconté sur la mort et la résurrection de Pierre en était la preuve; mais il avait des éclairs de bon sens, et sachant qu'un de ses amis, Simon Rivet, cachait chez lui l'enfant de son lieutenant, il s'était donné pour mission de rendre l'enfant à sa mère. Avec cette ténacité des fous, il s'était insensiblement persuadé qu'il savait un secret utile à la femme de son ancien chef, et il ne rêvait plus que de se sauver de la maison de santé pour aller tout apprendre à la jeune femme: que son époux vivait et que son enfant la demandait.

Geneviève avait besoin de croire à cela, elle avait été si près de la réalisation de son rêve, qu'elle ne pouvait y renoncer. Et elle dit à la concierge:

—Oui, vous avez raison, ce doit être un fou qui s'est échappé de la maison…

—C'est ce que pense Augustin, ce que je pense, et ce que tout le monde dit… Mais que venait-il vous raconter?

Ainsi mise en demeure de donner une raison, même mauvaise, Mme Davenne se trouva fort embarrassée; mais il n'y avait pas à hésiter… Elle brocha sur la vérité.

—Mon Dieu, continua Mme Davenne, c'est un vieux matelot, ancien fidèle serviteur de mon mari.

—Ah!… c'est un matelot aussi? Alors tout s'explique…

—Oui, celui dont vous me parlez, Simon, qui est venu chez vous, était avec lui à bord de la Souveraine.

—Mais que venait-il faire chez vous?

—Mon Dieu, que voulez-vous que vienne faire un malheureux chez ses anciens maîtres?