—Eh bien, oui. La catastrophe était arrivée, je venais d'échapper aux agents qui m'avaient arrêté; je me promenais autour de chez moi, pour voir ce qui s'y passait… Alors j'étais décidé à échapper aux poursuites par la fuite; mais j'étais presque sans argent. J'aperçus Picard, qui revenait de chez l'homme pour payer les traites. Je le hélai, sachant bien qu'il n'avait trouvé personne. Il était inutile de raconter mes affaires à ce brave homme. D'autre part, s'il rentrait chez moi, il pourrait donner des renseignements aux agents qui étaient à ma recherche. Je lui pris l'argent, lui disant que j'allais moi-même aller payer les traites… et je lui dis que je venais de recevoir un télégramme m'annonçant que l'on verserait les fonds que nous attendions à Turin… Je le conduisis moi-même au chemin de fer… Et depuis ce jour il est à Turin.

Le magistrat eut un sourire de doute, et il dit:

—Vous croyez parler à des naïfs. A qui ferez-vous croire à cette rencontre providentielle? Vous êtes sans un liard, et justement vous rencontrez votre caissier à cinq heures du matin. Vous lui prenez tranquillement cent quarante-cinq mille francs, et, à cette heure, vous ne pensez pas à fuir: c'est lui que vous faites partir! Vous aviez l'argent en poche, monsieur Séglin. Votre caissier, qui est votre complice, était parti la veille avec les diamants, et vous, vous rentriez chez vous pour prendre ce qui restait; il était minuit. Votre femme voulut s'y opposer, et vous avez tenté de la tuer. Elle a pu se sauver, et alors vous avez été arrêté, blessé, il est vrai, mais par un ricochet; la balle est revenue sur vous, car elle avait à peine entamé le front.

—Mais c'est un roman! un roman, que vous me contez là! exclama
Fernand.

Le juge dit vivement:

—Nous allons voir, Séglin, si vous allez persister devant l'évidence.

Le magistrat sonna et donna des ordres tout bas; un agent entra aussitôt, qui se plaça d'un côté de Fernand; de l'autre côté était un gendarme. Ayant, d'un signe, recommandé à l'agent et au gendarme de veiller sur l'inculpé, le juge instructeur dit:

—Introduisez le témoin

Fernand leva aussitôt la tête. Qui donc pouvait témoigner dans son affaire? Et, au même moment, il sentit que d'un côté l'agent, de l'autre le gendarme, lui saisissaient les poignets. Il eut un tressaillement en voyant entrer Iza. Celle-ci, très élégamment vêtue, souriait au juge, et ne dirigea même pas ses regards sur lui.

—Tenez, madame, veuillez vous asseoir, fit le juge d'un ton aimable…