Iza s'assit, bien calme, bien tranquille, très soigneuse de sa pose, se mettant à son aise comme si elle était au théâtre. Le juge dit aussitôt:
—Madame, vous nous avez déclaré ignorer la position de votre mari?
—Oui, monsieur… Quand je dus me marier…, celui qui passait pour mon oncle…
Séglin fronça les sourcils et le juge eut un petit mouvement de tête protecteur, en disant:
—Oui, oui, nous savons…
Iza continua:
—…Obligé, par les événements politiques de son pays, de ne plus s'occuper de moi, voulut que je fusse placée honorablement en France… Le prince de Zintsky est immensément riche; il me dotait de deux millions. Sur la recommandation d'un grand banquier de Vienne, il convint de mon mariage; je vins à Paris accompagnée par lui… La position me plut… M. Séglin se prétendait presque millionnaire; il déclarait m'aimer… Moi, je ne ressentais pour lui ni amour ni répulsion… Il fallait en finir avec le prince, j'acceptai.
Tout cela était dit légèrement, d'un ton dégagé et comme la chose la plus simple du monde.
Séglin était livide.
—C'est dans ces conditions que je fus mariée, et ce n'est qu'il y a un mois, le jour de la catastrophe enfin, que je connus l'homme que j'avais pour époux…