—Vous concevez facilement qu'une femme qui apporte deux millions à son mari, qu'elle croit riche, ne va pas entrer dans les combinaisons louches que vous aviez faites pour éviter la faillite. Cette femme,—c'est l'enquête faite à Auteuil qui nous l'assure,—était absolument convenable; elle s'était fait une vie nouvelle, et la courtisane de grand chemin, inconnue à Paris, avait les allures, les façons et la réserve d'une grande dame. Tous vos domestiques s'accordent à dire que sa conduite était sans reproche et que la vôtre était toujours irrégulière… Cette femme, aujourd'hui, retombe, mais c'est à cause de vous; elle s'était relevée, et vos criminelles machinations la rejettent dans sa vie ancienne… Vous êtes écrasé sous l'évidence des faits.

Fernand, effectivement, était comme anéanti; son regard n'avait plus de flamme; ses lèvres pendaient amollies, une sueur abondante coulait sur son front… Le juge, qui l'observait, reprit:

—Qu'avez-vous à dire?

Séglin le regarda comme hébété; il voulut parler, et ses lèvres remuèrent pour ne laisser échapper que des mots qu'il bégayait:

—Iza… Les bijoux… Les soldats…

Le greffier, le juge se levèrent et le regardèrent; il remuait la tête en souriant et toujours en bégayant les mêmes mots…

—Mais il a une attaque de paralysie!… s'écria le juge… Vite, vite, faites appeler un médecin…

On juge du brouhaha que produisit l'accident. On allait, on venait, le gendarme regardait son prisonnier et ne pouvait s'expliquer ce changement subit; le gâtisme, dans toute son effrayante hideur, s'étendait sur le visage du malheureux.

Au milieu du bruit, il restait indifférent; sa tête se balançait d'un mouvement lent sur son cou, comme s'il eût cherché à frotter sa joue sur un objet invisible, et, balbutiant, bavant, il montrait sa langue…

Le docteur arriva, et, après quelques secondes d'examen, il commanda qu'on le menât immédiatement à l'infirmerie de la prison. À la question du magistrat instructeur, qui lui demandait les causes de cet étrange accident, il dit: