—Mais il y a section complète de l'artère, dit aussitôt l'interne en courant vers le lit.

On découvrit le vieux Rig, et c'est avec stupéfaction qu'ils constatèrent qu'il n'avait rien… Le sauvage, absolument docile, se laissait tourner et retourner; il continuait:

—Et tu l'as vu, pas de souffrance!… Sais-tu pourquoi? C'est que, ce matin, je l'ai piqué avec mon aiguille trempée dans le curare. De là l'apparence de la mort… Puis, je fais l'opération et rends la vie… Georgeo…, tu diras au juge que l'argent que je t'ai pris est à moi; Georgeo, tu diras que l'or d'Iza est à moi… et je te rends la vie… Veux-tu, Georgeo?…

—Qu'est-ce que cela signifie? disait l'interne après un long examen.

À ce moment, un grand silence régnait dans le dortoir; les assistants, terrifiés, ne parlaient ni ne bougeaient, et ils entendirent d'abord le bruit de quelques gouttes tombant sur le parquet, puis le gloussement d'un filet d'eau… Ils se regardèrent, et le gardien, prenant la lampe, se dirigea vers le lit d'où semblait venir le bruit; lorsqu'il eut levé sa lampe pour éclairer le lit de Fernand, il jeta un cri de terreur… Tous accoururent et jetèrent une exclamation d'épouvante.

Le corps, exsangue, blanc, livide, seulement taché de sang, était étendu sur le lit, raidi, la face convulsée, les yeux vitreux, presque sortis de l'orbite, les dents mordant les lèvres… Au côté gauche, une blessure énorme, grande ouverte, les peaux rattachées par des épingles, laissant voir le cœur encore fumant.

Ce fut un cri d'horreur; on s'empressa autour du malheureux; mais tout était inutile. Fernand Séglin était mort.

Son meurtrier inconscient ne lui survécut guère… Lorsque, le lendemain, on lui mit la camisole de force pour le transporter à Charenton, il eut un accès épouvantable.

Ce fut le commencement de la fin; pris d'une rage folle, luttant sans cesse contre un ennemi invisible, on trouva un matin le vieux sauvage étendu sur son lit… On dénoua la camisole, le vieux misérable était mort. Il était passé dans l'éternité des victimes de ce qu'il appelait la médecine secrète.

XVIII