—Gendarme, dis-moi, est-elle belle?
Le gendarme eut un sourire et un clignement d'yeux qui montrait que la vue de celle qu'il appelait «la particulière» lui avait été agréable, et il dit simplement:
—Les yeux bleus, nez droit, bouche petite, menton rond, visage ovale, cheveux blonds, sourcils bruns, teint pâle. Signe particulier: néant.
Tout cela avait été dit d'une traite et presque sans respirer. Simon avait regardé le gendarme, et il restait la bouche ouverte… Il avait peu ou pas compris.
—Qu'est-ce que vous avez dit?
—C'est le signalement
—Ah! bien…
Il y eut un silence de quelques minutes… On arriva à la caserne. Simon était très ému, et, se préparant à l'entrevue de celle qui l'aimait, il mouillait ses doigts de salive et lissait ses cheveux…
Les idées les plus folles passaient par le cerveau du matelot, et il voulait être beau, il voulait plaire; il tirait sa vareuse, il appliquait bien son grand col, il passait sa manche sous son nez… et, enfin, il se proposait de frapper un grand coup sur l'esprit de la reine kanaque qui s'était dérangée de si loin pour le venir trouver; car Simon était absolument convaincu que c'était une princesse des îles les plus extravagantes qui le faisait demander. La malheureuse avait été prise pour une drôlesse, à cause de son amour immodéré. D'abord, ce n'est pas une Française, une Européenne, qui monterait après des grilles pour l'idole de son cœur.
Il entra; on le conduisit au poste, et Simon faisait la risette, pour recevoir d'une façon aimable celle qui le demandait, lorsque tout à coup une femme se plaça devant lui et dit: