—Votre fille… à vous… Qu'en savez-vous?…

Elle n'avait pas achevé que Pierre s'était précipité sur elle, la tenant par le cou, prêt à l'étrangler, exclamant:

—Misérable!

Effrayée, épouvantée, et comprenant seulement trop tard la portée du mensonge qu'elle venait de commettre, elle se laissa tomber aux pieds de son mari, ne cherchant pas à lutter, mais s'écriant aussitôt:

—Non! non! Pierre… non! j'ai menti… je suis une misérable!

Et pantelante, s'offrant en sacrifice, appelant le châtiment, elle étendit les bras, offrant sa poitrine. Elle ajouta:

—Je l'ai mérité, tue-moi… ici… et c'est la dernière grâce que je te demande, que, morte, j'aie l'adieu de mon enfant… Frappe!

Le mouvement de colère qui avait entraîné Pierre s'éteignit aussitôt; il était honteux de lui; son bras s'était levé sur une femme. A cette pensée, le rouge brûlait son visage… Il venait de souffrir en une seconde plus qu'il n'avait souffert en toute sa vie… Jamais cette infernale pensée ne s'était présentée à son cerveau… Cette enfant, l'adoration de sa vie, sa Jeanne, l'enfant d'un autre… Oh! c'était trop… trop!

Geneviève, sous les coups terribles qui lui avaient été portés, n'était parvenue à se monter que par des efforts incessants.—Depuis quatre ans, elle avait, par une vie de sainte,—non par la vie claustrale et la dévotion, mais par le travail, par l'utile, par le vrai, dans le bien enfin, elle avait essayé de racheter son passé…

Si elle avait été cacher ses douleurs dans un couvent, elle n'aurait pas eu la lutte constante à soutenir entre le bien et le mal… isolée, défendue… Elle était rentrée dans la vie, la vie du pauvre, qui se lève tôt et travaille jusqu'au soir pour avoir le pain du jour… Belle, elle était restée sourde à toutes les avances.