A ce mot Geneviève se releva… et audacieuse, crâne, elle s'écria:
—Je n'ai plus d'enfant!… plus d'enfant! Je supplie, vous refusez!… J'exige alors… Je veux mon enfant…; je suis ce que vous voudrez, la dernière des créatures, châtiez-moi, insultez-moi… Faites-moi passer devant un tribunal, jetez-moi la honte au visage, j'ai fauté, je dois subir la peine… Mais il n'est pas un tribunal qui vous autorisera à garder mon enfant… J'ai sur lui autant de droits que vous…
Pierre, en voyant Geneviève se relever et dicter sa volonté, la regarda, étonné, semblant, ne pouvoir en croire ses yeux et ses oreilles… Il avait beaucoup souffert, il savait être froid; il répondit doucement:
—Je vous ai dit, madame, que vous êtes veuve… Celui que vous cherchez est mort. Pierre Davenne n'existe plus… et sa fille n'est plus en France…
—Ah! je sais que Jeanne est ici… et je ne sortirai qu'avec elle.
Le front de Pierre se plissa… Il s'avança vers Geneviève, et lui dit:
—Vous sortirez d'ici seule, comme vous êtes entrée… Seule, entendez-vous, et vous oublierez où se trouve cette maison… Si vous voulez que pour un jour, pour une heure, celui que vous avez outragé, celui que vous avez désespéré revive… que votre volonté soit faite… Veuve, personne n'avait rien à vous dire: votre passé est inconnu, et, s'il reste en vous quelques sentiments honnêtes, vous pouvez vous relever par une vie nouvelle… Si, au contraire, vous voulez être encore la femme de Pierre Davenne…, vous n'êtes plus que la misérable, ingrate et infâme, la fille pauvre, prise par un honnête homme qui lui donnait sa fortune… et de plus son nom,—un nom honoré et respecté,—un honnête homme qui l'adorait, qui n'avait que les soins qu'elle lui donnait, qui avait quitté pour elle, la pauvre petite ouvrière, la carrière brillante des armes… Vous n'êtes plus que la femme coupable, à laquelle on avait donné le bonheur et qui a rendu la honte!… Madame Pierre Davenne, c'est la femme déshonorée, que son mari repousse; c'est la mère indigne qui se salit, oubliant qu'au-dessous de la loi, la société, le monde injuste, fait supporter aux enfants la faute des mères… Vous voulez votre enfant, et pourquoi? Femme coupable, le foyer vous est fermé, et vous voulez condamner votre enfant à la vie que vous devez subir!
Pierre s'était emporté, violent, cruel, il parlait vite, l'œil en flamme, les poings serrés. Geneviève, écrasée sous cette accusation, sous ce jugement, mais blessée, meurtrie par les outrages, ne voulait plus céder sur un point; femme, elle supportait tout; mère, elle exigeait, et elle était prête à se venger du mal que, dans son emportement, Pierre lui faisait subir. Pierre continua:
—Finissons-en, puisque vous avez besoin de faire connaître à tous ce que vous êtes; appelez-moi donc devant un tribunal… et nous verrons si, lorsque je dirai ce que vous êtes…, des juges vous croiront digne encore d'élever notre enfant… Jeanne est élevée par moi… Vous ne la verrez jamais… Vous n'avez plus d'enfant… Jeanne est ma fille, ma fille à moi.
C'était trop pour Geneviève. Elle était trop abaissée et elle voulut se venger avec les armes dont son mari se servait contre elle. Elle se redressa, et, cynique, insolente, elle lui dit: