Les premières recherches furent vaines en même temps que se présentait la première et la plus grave des difficultés… Geneviève n'avait pas d'argent. A aucun prix elle n'eût voulu remettre les pieds dans le petit pavillon de la rue Payenne. Elle alla chez leur notaire, et le pria de faire et l'inventaire et la vente du mobilier.

Le notaire lui dit que tout cela avait été fait à la requête du propriétaire et de quelques créanciers, pendant sa maladie; comme ils n'avaient comme créanciers que les fournisseurs journaliers, elle espérait que la vente avait donné un chiffre respectable, sur lequel elle devait, les créanciers payés, avoir une somme assez ronde à toucher.

Le notaire lui dit alors que l'héritier de Pierre Davenne était sa fille; qu'elle ne représentait même pas à cette heure la tutrice naturelle, puisque l'enfant était disparue… et que le séquestre intervenu sauvegardait ses droits.

C'était la misère! la misère absolue… sans gîte, presque sans vêtements, sans rien… et ne sachant que faire…

La perte de son enfant, la mort de son mari avaient désespéré Geneviève… L'épouvantable avenir qui se montrait devant elle: la misère, sans soutien, sans conseil et sans métier, ne lui fit rien… Elle se rappela les dernières lignes de la lettre de son époux outragé…, et elle baissa la tête… C'était le châtiment.

Cependant il y a toujours une part pour la veuve; cette part, sauf un millier de francs,—lui fut remise… C'était toujours l'abri et la vie jusqu'au jour du travail… ou de la mort; car Geneviève, à cette heure, pensa à mourir… Mais la pensée de Jeanne lui donna du courage… Elle voulait vivre pour retrouver son enfant… Et pas une minute elle ne maudit celui qui l'avait, en mourant, aussi cruellement frappée. Pleine de regrets, de remords, elle acceptait le châtiment et s'armait de courage pour le subir.

Quoique guérie, elle demeurait toujours dans la maison de santé où elle avait été soignée. Le lendemain de sa visite chez le notaire, ayant passé la nuit entière à chercher comment elle pourrait gagner sa vie, elle s'était résolue à redevenir ce qu'elle était lorsque son mari l'avait connue. «Geneviève était orpheline d'un officier qui avait été l'ami de Pierre Davenne; c'était une petite ouvrière bien modeste, bien sage…»

Geneviève se rendit au Temple; elle voulait acheter ses vêtements de deuil, et c'est en parlant avec la femme qui lui vendait sa coiffure, qu'elle eut l'idée de lui demander si elle ne connaissait pas une place dans le deuil.

La femme lui demanda si elle savait le métier, Geneviève lui répondit,—c'était la vérité,—qu'au Havre où elle habitait avec son père, elle était employée dans un magasin, où elle faisait plus spécialement les deuils, la marchande lui dit alors:

—Mon enfant, si vous avez du goût, si vous savez, si vous voulez faire l'article bon marché…, n'allez donc chez personne; achetez un peu de marchandise, mettez-vous à travailler chez vous, apportez-moi votre ouvrage, et si vous êtes une travailleuse; si, faisant tout de vos mains, vous pouvez me donner meilleur marché que d'autres…, ne fût-ce que d'un sou par coiffure…, vous m'en vendrez tant que vous voudrez… Et, ajouta-t-elle, le deuil c'est bon, voyez-vous…; pas de morte-saison… Ça va toujours…