—Tu ne lui as pas parlé?
—Non, mon lieutenant! répondit le matelot rassuré par la façon dont était reçue sa confidence, et Pierre, ému, fiévreux, s'assit, se dompta pour être calme et demanda:
—Où l'as-tu vue, Simon?
Simon eut des larmes dans la voix en répondant:
—Mon lieutenant, ça va me faire encore gros au cœur… J'étais allé faire une prière pour vous sur votre tombe…
Et Simon avait de vraies larmes sur les joues en disant cela…
—Je priais…, je pleurais…, et je vois tout à coup une belle jeune femme… belle, belle, bien plus belle maintenant qu'elle n'était, madame, fit-il en clignant de l'œil, et regardant en dessous l'effet que produiraient ses paroles sur son lieutenant. Celui-ci, assis dans son fauteuil, tenant les deux appuis de ses mains crispées, le regard fixé sur le parquet, écoutait sans répondre. Simon continua:
—Elle était toute vêtue de noir… Comme Notre-Dame-des-Tempêtes… avec ça que le soleil qui frappait sur ses cheveux blonds… ça lui faisait l'auréole… Vous savez comme elle a de beaux cheveux blonds, madame, dit encore le matelot en recommençant sa grimace. Pierre ne bronchait pas! Il reprit:
—Elle s'avançait, lentement, marchant comme les saintes doivent marcher dans le paradis!… Espère! espère! que je me dis. Elle va me trouver là!… et je me glisse derrière le caveau où vous êtes… où vous étiez, quoi! Je la vois qui s'avance, avec un beau bouquet… Le gardien m'a dit qu'elle venait en mettre un tous les deux jours… un neuf… des fois deux et trois! Elle n'y regarde pas!… quoi!…
Si on avait dit à Simon qu'il mentait, il aurait cassé la tête à celui-là… Il continua: