—Nous allons aller porter ça… et nous préparons tout là-bas pour pouvoir nous y installer demain…, comme on pourra. Nous nous arrangerons pour être revenus à l'heure de la soupe.

Ils partirent. Madeleine était restée seule avec la petite Jeanne; le temps était beau et la jeune femme et l'enfant descendirent dans le jardin.

La vieille cuisinière vint les trouver sur la pelouse et demanda à celle qu'on appelait Mme Madeleine ce qu'elle désirait pour le repas… On laissa à la petite Jeanne le soin de faire le menu du jour, et la cuisinière partit à son tour, se dirigeant vers le marché.

Madeleine était assise sur l'herbe et lisait; la petite Jeanne était tout occupée à jouer avec sa poupée…

L'enfant s'arrêta tout à coup; il lui sembla qu'elle avait entendu son nom… Elle tourna la tête et ne vit rien… elle se remit à jouer… elle s'entendit encore appeler une fois, elle regarda Madeleine, celle-ci lisait… Elle allait l'interpeller lorsque, tournant la tête, elle eut une exclamation de joie:

—Oh! Fernand!

Et elle courut heureuse vers Fernand Séglin, qui sortait d'un des massifs du jardin.

—C'est toi, Fernand, oh! comme petit père va être content de te voir…

Et l'enfant s'abandonnait. Fernand l'avait prise dans ses bras, et lui rendait les baisers qu'elle lui donnait…

Madeleine, croyant que l'exclamation de la petite saluait le retour de la vieille cuisinière, ne s'en était pas occupée; mais, en entendant le nom de Fernand, elle avait relevé la tête, et, le voyant devant elle, elle était restée atterrée…, le livre était tombé de ses mains, un tremblement convulsif secouait ses membres; elle voulait agir et ne pouvait bouger, elle voulait crier et aucun son ne sortait de sa gorge…