—Petit père nous attend…

—Oh! il faut courir bien vite pour qu'il ne gronde pas…

—Oui… courons!…

Il portait l'enfant dans ses bras, il redoutait à chaque minute de voir apparaître ou Simon ou Pierre, et il courut rapidement… Il plaça l'enfant dans une voiture qui attendait à cent pas de là, et s'assit près d'elle en disant au cocher:

—Vite où je vous ai dit, par Bagnolet et Romainville. Et, s'adressant à la petite Jeanne, après l'avoir affectueusement embrassée… Nous allons vite retrouver petit père pour ne pas qu'il gronde et puis pour ne pas mécontenter maman Gene, qui attend sa Jeanne; Madeleine viendra tout à l'heure avec l'autre voiture.

—Oui! oui! vite! vite! fît la petite Jeanne heureuse, regardant le misérable avec un sourire d'enfant heureux. Oui, je veux voir tout de suite petite maman Gene. Elle n'est plus morte?

—Non, ma belle mignonne: elle t'attend… lui assura le misérable.

Et la voiture les entraîna, ainsi qu'il en avait donné l'ordre, vers Bagnolet, puis vers Romainville, pour rentrer dans Paris. Il voulait tromper ceux qui n'allaient pas manquer de se mettre à sa poursuite en semblant s'éloigner de Paris…

Moins d'une heure après, Pierre revenait à Charonne. Il rentrait chez lui, assez étonné de voir la porte de la grille ouverte; et il était très sévère à ce sujet. La petite résidence de Charonne devait être maison close; car il redoutait chaque jour une visite indiscrète. Maugréant contre ses gens, il suivit la longue avenue: il entra chez lui et, ne voyant personne, il descendit à la cuisine.

La vieille cuisinière venait de rentrer; aux plaintes de Pierre, elle répondit qu'elle était sortie et rentrait par la petite porte de service, et n'était point coupable d'avoir laissé la grille ouverte; que depuis qu'elle était revenue, c'est-à-dire dix minutes environ, elle n'avait vu ni entendu personne; elle avait quitté Mme Madeleine et Mlle Jeanne sur la pelouse dans le jardin.