À son retour, passant par le jardin, elle avait vu la pelouse déserte…; dans l'herbe, les jouets de Mlle Jeanne. Peut-être Mlle Jeanne avait-elle obligé Mme Madeleine à aller la promener. C'était une enfant gâtée, à laquelle on ne résistait guère… Tant qu'à M. Simon, il était parti avec Ali le nègre; obéissant aux ordres de monsieur, ils étaient allés porter des malles dans la petite maison.

Tout cela était naturel; la cuisinière préparait le déjeuner et, dans quelques minutes, assurément, tout le monde serait rentré pour le repas. Et cependant Pierre, le sourcil froncé, rentra chez lui, inquiet. Il entra dans l'appartement qu'occupaient Madeleine et la petite Jeanne. Tout était en ordre, les vêtements que l'enfant devait revêtir dans l'après-midi pour aller à la promenade étaient préparés sur le lit. Dans la chambre de Madeleine, son chapeau était, avec son manteau et ses gants, bien placé, pour être pris facilement à l'heure où elle devait sortir. En voyant ce calme, repoussant le pressentiment qui l'avait attristé, Pierre, haussant les épaules, dit:

—Je deviens fou, ma parole d'honneur, de m'inquiéter… Dans dix minutes, elles seront là.

Et, ayant revêtu un vêtement de jardin pour être à son aise, il alluma un cigare et descendit, en attendant l'heure du repas, se reposer sur la pelouse. Il vit les jouets abandonnés sur l'herbe par sa petite, ce qui l'assura que Madeleine et l'enfant ne devaient pas être bien loin.

Il se promenait en pensant à sa visite du matin. Il songeait qu'à cette heure la police devait être aux trousses de Fernand. Tout en se promenant, il revint vers la porte de la cuisine; une grande et belle chienne épagneule, noire et blanche, vint vers lui; il la caressa; la bête, qui revenait de se promener avec la cuisinière, était heureuse de revoir son maître et bondissait joyeusement.

Pierre, pour éviter qu'elle ne sautât sur lui, lui dit:

—Viens, Liane!… Et il retourna vers la pelouse…

La chienne courait, sautait; en arrivant sur la pelouse, elle piqua du nez, en sentant les jouets de sa petite maîtresse Jeanne; Pierre la regardait en souriant:

—C'est Jeanne… Où est-elle, ma Liane, où est la petite maîtresse?

La chienne cherchait toujours, comme si elle suivait une piste; elle
avançait toujours, et Pierre, étonné, la vit entrer dans le massif.
L'animal, bien dressé, ne quittait jamais les allées du jardin; aussi
Pierre vint-il en disant: