—Oui… Fernand m'a volé mon enfant… Le misérable!
—Potence à l'ail… Ce gueux-là!… Espère! espère… Lieutenant, sur ma part de paradis, nous aurons la petite lieutenante ce soir… et lui, il a signé son congé en faisant ça… Je vais lui régler ses comptes…
Et Simon dit au cocher de les conduire rue du Temple.
IX
LE CALVAIRE D'UNE FEMME.
Depuis le jour où Geneviève avait appris que sa fille pouvait lui être rendue, elle s'était transformée. La scène qu'elle avait eue avec Fernand amenait un nuage sur son front chaque fois que la pensée lui en revenait; mais, cependant, il fallait s'y résoudre, puisque c'était par lui seul qu'elle pourrait retrouver sa Jeanne. Certainement, le passé était à jamais fini… Libre, elle ne consentirait jamais à recommencer une vie dont le souvenir seulement lui faisait monter le rouge au visage! Mais comment revoir son enfant? Geneviève pensa à agir de ruse: peut-être par des promesses le rendrait-elle plus souple. Si, adroitement, elle pouvait savoir l'endroit où la petite Jeanne était cachée, alors elle n'hésiterait plus, elle chasserait l'odieux misérable et demanderait aide et protection à la police. A cette heure, la moindre démarche dans ce sens pouvait tout compromettre.
A chaque heure du jour, la pauvre femme était poursuivie par cette unique pensée. Superstitieuse, elle se rendait tous les jours au cimetière; elle passait une heure dans le caveau, agenouillée, parlant bas, demandant grâce et jurant qu'elle resterait ce qu'elle devait être pour racheter sa faute: une honnête femme! Puis elle revenait et elle croyait toujours que sa prière avait été entendue, et que, comme gage de pardon, elle retrouverait chez elle sa Jeanne…
Un jour, en rentrant, elle trouva une lettre chez elle, elle reconnut l'écriture. Elle l'ouvrit, tremblante; la lettre disait:
«Geneviève,
«Si tu veux, maintenant que, libre, tu es à toi tout entière, si tu veux redevenir la femme adorée aux genoux de laquelle je restais autrefois, si tu veux renouer la chaîne du passé…, viens!… A ce prix seulement tu retrouveras ton enfant… que j'aime autant que toi et de laquelle je veux remplacer le père…