Et il courut vers elle; elle avait ouvert la fenêtre et avait frappé violemment le volet. Fernand la reprenait dans ses bras, lorsque soudain le volet s'ouvrit tout grand, et, à la lumière blanche de la lampe, elle vit paraître un homme. En le reconnaissant, elle jeta un cri terrible:
—Grâce, s'écriait-elle, folle, épouvantée, oubliant Fernand, reculant devant l'apparition… Elle ferma les yeux et tomba sans connaissance.
Fernand, au contraire, avait eu un cri de joie en reconnaissant Pierre
Davenne…
—Enfin, cria-t-il, je n'ai jamais eu si belle occasion de la faire vraiment veuve.
Et il tira trois coups de revolver. Pierre était resté debout, il tira encore. Pierre était dans la chambre, à deux pas de lui et souriait. Fernand ne comprenait plus rien, il tira encore, et voyant Pierre, toujours impassible se diriger sur lui, il eut peur à son tour et il recula, laissant échapper l'arme de ses mains. C'était donc véritablement l'ombre vengeresse puisque les balles ne pouvaient l'atteindre. Pierre, droit devant lui l'écrasait de son regard… Il cacha son visage, ferma les yeux et il entendit:
—Lâche! assassin, voleur… où est ma fille?… Et cette fois il vit bien que ce n'était pas une ombre qu'il avait devant lui, car il sentit sur son front le froid de l'acier d'un canon de pistolet.
—Dans la chambre de sa mère…, dit-il vivement tremblant de lâcheté.
—Vois, Simon, dit Pierre au matelot qui entrait.
La porte venait de s'ouvrir, et, presque en même temps que Pierre entrait par la fenêtre, le matelot paraissait.
—Faites donc feu; il faut en finir une bonne fois, disait-il. Mais, sur l'ordre de son lieutenant, il courut voir les chambres.