Il grimpa l'escalier, et il vit son maître, les bras croisés, l'arme toujours à la main, à deux pas devant Fernand; celui-ci, froid, dédaigneux, semblait écouter sans comprendre.

—Si j'avais voulu ta vie, tu sais bien, misérable, qu'elle m'appartenait: tu sais bien qu'un combat entre nous deux, c'était ta mort certaine… J'ai voulu te punir par tes vices mêmes… Tu étais riche criminellement, je t'ai fait pauvre… Tu étais estimé, je t'ai fait mépriser… A force de t'obliger à défendre ta vie, je t'ai fait l'aimer assez pour que tu deviennes lâche… et aujourd'hui je te crache au visage.

—Je ne vous répondrai pas… Vous avez souffert.

—Que dis-tu?… J'ai eu le courage d'arracher de mon cœur l'amour malsain qui le faisait vivre; j'ai eu le courage de renoncer à vivre pour laisser à mon enfant l'honneur d'un nom respectable… Toi, bandit, toi, chien qui mords la main qui t'a nourri…, tu ne t'es attaqué qu'aux faibles, aux femmes et aux enfants… Ce matin, tu tentais d'assassiner une malheureuse que tu avais trompée…

—Votre maîtresse!

Pierre haussa les épaules et continua:

—Tout à l'heure, c'était encore à une femme que tu t'adressais; tu n'es redevenu souple et lâche que devant un homme.

—Il vous sied de parler de lâcheté, vous avez une arme dans les mains et je suis désarmé.

—Tu deviens pâle, lorsque tu as une arme dans les mains, je l'ai vu tout à l'heure. Il n'y a qu'un être au monde que tu aies aimé et respecté, c'est Iza.

Fernand releva la tête et dit effrontément: