La vision qu'elle avait eue, et qui l'avait si vivement frappée, n'était assurément que le résultat de l'état de fièvre dans lequel elle se trouvait, et surtout joint à l'effroi qu'elle ressentait en se trouvant dans la chambre même où Pierre était mort. Cette effrayante vision, cette seconde d'hallucination, en lui faisant perdre connaissance, l'avait jetée aux pieds du misérable… Qu'était-il advenu?

Elle avait été là sans force, inerte à ses pieds, et elle savait Fernand capable de toutes les lâchetés, de toutes les infamies. Elle pressait son front dans ses mains comme pour en faire jaillir la lumière, les doigts crispés étrillant ses cheveux, égratignant le crâne, l'œil hagard, le rouge au front, elle se demandait:

—Que s'est-il passé?

On était inquiet autour de son lit, se demandant, ce qu'elle avait pour rester ainsi la tête dans ses mains, et l'une des ouvrières lui dit:

—Madame, est-ce que vous souffrez?

—Non! répondit-elle vivement, repoussant ses cheveux, secouant sa tête, comme pour se débarrasser de la hideuse pensée qui troublait son cerveau, comme pour chasser le doute qui faisait monter le rouge de la honte à son visage.

—Comment suis-je revenue ici, chez moi? demanda-t-elle.

La concierge, qui la soignait depuis la veille au soir, s'avança et dit:

—Madame Davenne, on vous a ramenée, vers minuit, sans connaissance.

—Vers minuit… Qui m'a ramenée?