Ce qui avait sauvé Pierre, c'est que l'armurier auquel Geneviève avait acheté le revolver, avait d'abord craint que cette femme ne l'achetât dans un mauvais dessein, et il allait demander des explications, lorsque celle-ci, allant au-devant, lui avait dit que c'était pour un enfant; pour s'assurer qu'on ne le trompait pas, il avait offert des cartouches. C'étaient des cartouches pour jouer, sans balles. Geneviève n'y avait pas même fait attention. C'est grâce à cette circonstance que Pierre était encore vivant.

X

LE DOUTE.

Lorsque, le lendemain matin, Geneviève se trouva chez elle, dans sa chambre, entourée de ses ouvrières qui la soignaient, inquiètes, attendant anxieusement qu'elle reprît connaissance, la malheureuse leur demanda comment elle se trouvait en cet état, ce qui était arrivé; elle ne se souvenait absolument de rien, et faisait de vains efforts pour se reporter à la soirée de la veille… On lui montra la lettre qu'elle avait laissée et qui n'avait pas été ouverte. Elle se souvint alors… Elle se rappela qu'elle avait été la veille au soir à ce rendez-vous… Elle se suivit pour ainsi dire pas à pas, afin de bien retrouver son retour chez elle.

Elle était arrivée à la place Royale, un homme l'avait guidée jusque dans l'ancienne demeure de son mari… Là, le misérable l'avait entraînée dans la chambre même de Pierre. Et odieux, cynique, il avait renouvelé ses ignobles propositions, il avait recommencé ses honteuses tentatives… Elle se voyait perdue, courant dans la chambre, cherchant du secours…, puis prête à devenir la victime du misérable…, lorsque soudain l'ombre de son mari était apparue…

A cette pensée, un frisson secoua son corps à ce point que les femmes qui la soignaient demandèrent:

—Qu'avez-vous, madame? qu'avez-vous?

—Rien!… répondit-elle.

Elle mit son front dans ses mains, et chercha ce qu'il était advenu… Elle avait été terrifiée… et ne se souvenait plus de rien… Elle était tombée sans connaissance aux pieds de Fernand. Elle se rappelait seulement cela…

—Et après?