Le matelot rageait en le suivant; avant de sortir, n'y pouvant plus tenir, il dit:
—Mon lieutenant…, si c'est parce que ce travail vous dégoûte, chargez-m'en, c'est plus prudent; je remonte et en deux temps j'ai fini…
—Non! hâtons-nous de retourner à Charonne.
—Mais, mon lieutenant, ce sera encore à recommencer demain…
—Non! car je ferai venir Geneviève…
Et ils montèrent en voiture; la petite Jeanne dormait toujours. Ils se firent conduire à Charonne. Depuis le matin, ils étaient sur pied et étaient las. En quittant Charonne, ils étaient venus rue Payenne; la maison était vide. Le matelot Simon fut placé en observation pour voir si Fernand entrait ou sortait emmenant l'enfant; il devait ne point le quitter; pendant ce temps, Pierre se rendait rue du Temple; il prenait des renseignements et restait également à observer si Geneviève sortait avec sa fille.
Le soir, il la vit sortir, elle était seule, il la suivit… Il fut fort étonné en la voyant acheter un revolver, plus étonné encore de voir qu'elle était suivie. Il observa celui qui la filait… et commença à être très inquiet en la voyant se diriger sur la place Royale, c'est-à-dire du côté de la rue Payenne… En voyant l'homme lui parler, puis Geneviève le suivre, Pierre eut l'idée de ce qui se passait. On vendait à Geneviève l'enfant enlevé le matin… ou c'était un guet-apens tendu à la jeune femme; elle n'était donc pas complice… Il la vit entrer dans la maison… Décidément, elle allait voir l'enfant, la petite était là, et c'était Geneviève qui avait chargé Séglin de s'en emparer.
Pierre était aise de trouver ensemble les deux misérables et d'en finir… Il attendit que l'homme qui avait suivi Geneviève se fût retiré; lorsqu'il l'eut vu tourner la rue, il chercha son matelot. Simon était absolument caché derrière des touries vides laissées devant la porte d'un magasin… Il vint sur son maître, et celui-ci lui dit alors ce qu'il devait faire.
Ils allaient par surprise entrer dans la maison… Pierre en avait encore les clefs. Le volet du premier, où l'on voyait de la lumière et où les deux misérables se trouvaient, était fermé en dehors; à cause des vitraux, il l'avait fait faire ainsi. Avec l'échelle qu'on devait trouver dans le jardin, il montait au premier, pendant que Simon, pieds nus, entrait, par la porte et montait au premier; il devait s'arranger de façon à se trouver ensemble. Au bruit des vitres brisées, Simon devait entrer.
On a vu comment Pierre était entré beaucoup plus vite… et de quelle façon il avait été reçu… D'abord, en entendant le premier coup de feu, il était devenu pâle, mais ne se sentant pas touché après deux coups tirés à bout portant, il avait résolument marché sur son adversaire. On a vu ce qui s'était passé.