Et l'homme prit la Jeanne par le bras pour la jeter à la porte; mais la fille se cramponna aux meubles…

—Pitié!… père!… pitié!

—Veux-tu t'en aller!…

Et la lutte continuait.

Tout rouge, moite de sueur, les cheveux sur les yeux, le petit entra dans la chambre aux cris de sa mère… De ses petites mains il écarta sa chevelure blonde et dit crânement au vieillard:

—Pourquoi que tu fais pleurer maman, puisqu'on dit que c'est toi mon grand-père?

Le père Coutaud lâcha Jeanne, et, les yeux écarquillés, il regarda l'enfant, muet, immobile, ne se rendant pas compte des sentiments nouveaux qui l'envahissaient; puis il voulut parler, mais il balbutia; des larmes emplirent ses yeux, et, pour les cacher, il embrassa et l'enfant et la mère!»

Le livre lui tomba des mains; c'est alors qu'il se mit à la fenêtre, voulant réagir contre ce cri de pardon qui revenait sans cesse battre son oreille; mais le tableau de son enfant pleurant se présentait à ses yeux, son imagination se frappait.

La petite Jeanne était maladive. Est-ce qu'un jour ce n'était pas elle qui souffrirait de la vengeance sans pitié qu'il poursuivait?… Le coupable, l'ami traître était puni, atrocement puni. La femme avait déjà depuis longtemps expié par la honte, par le désespoir et par la misère, sa faute… C'est maintenant sur sa fille qu'allait retomber le châtiment de la mère coupable.

S'il se décidait aujourd'hui à atténuer le mal, que pouvait-il faire? Il n'était plus rien en ce monde; sa femme le croyait mort, et, pour la société, pour l'état civil, il était mort. Sa femme était veuve, veuve d'un vivant. Elle l'avait oublié, assurément, et elle ne devait avoir qu'une pensée: sa Jeanne. Là, peut-être, était l'atténuation.