Lorsqu'une femme delaware joue avec un chat ou avec un jeune chien, dit-il, on l'entend quelquefois prononcer le mot kuligatschis. Ce mot est ainsi composé: K est le signe de la seconde personne, et signifie tu ou ton; uli, qu'on prononce ouli, est un fragment du mot wulit, qui signifie beau, joli; gat est un autre fragment du mot wichgat, qui signifie patte; enfin schis, qu'on prononce chise, est une terminaison diminutive qui apporte avec elle l'idée de la petitesse. Ainsi, dans un seul mot, la femme indienne a dit: Ta jolie petite patte.
Voici un autre exemple qui montre avec quel bonheur les sauvages de l'Amérique savaient composer leurs mots.
Un jeune homme en delaware se dit pilapé. Ce mot est formé de pilsit, chaste, innocent; et de lénapé, homme: c'est-à-dire l'homme dans sa pureté et son innocence.
Cette faculté de combiner entre eux les mots se fait surtout remarquer d'une manière fort étrange dans la formation des verbes. L'action la plus compliquée se rend souvent par un seul verbe; presque toutes les nuances de l'idée agissent sur le verbe et le modifient.
Ceux qui voudraient examiner plus en détail ce sujet, que je n'ai fait moi-même qu'effleurer très superficiellement, devront lire:
1o La Correspondance de M. Duponceau avec le révérend Hecwelder, relativement aux langues indiennes. Cette correspondance se trouve dans le 1er volume des Mémoires de la Société philosophique d'Amérique, publiés à Philadelphie, en 1819, chez Abraham Small, p. 356-464.
2o La grammaire de la langue delaware ou lenape, par Geiberger, et la préface de M. Duponceau, qui y est jointe. Le tout se trouve dans les mêmes collections, vol. 3.
3o Un résumé fort bien fait de ces travaux, contenu à la fin du volume 6 de l'Encyclopédie américaine.
([D]) PAGE 58.
On trouve dans Charlevoix, tome I, p. 235, l'histoire de la première guerre que les Français du Canada eurent à soutenir, en 1610, contre les Iroquois. Ces derniers, quoique armés de flèches et d'arcs, opposèrent une résistance désespérée aux Français et à leurs alliés. Charlevoix, qui n'est cependant pas un grand peintre, fait très bien voir dans ce morceau le contraste qu'offraient les mœurs des Européens et celles des sauvages, ainsi que les différentes manières dont ces deux races entendaient l'honneur.