Il y a cependant des aristocraties qui ont fait avec ardeur le commerce, et cultivé avec succès l'industrie. L'histoire du monde en offre plusieurs éclatants exemples. Mais, en général, on doit dire que l'aristocratie n'est point favorable au développement de l'industrie et du commerce. Il n'y a que les aristocraties d'argent qui fassent exception à cette règle.
Chez celles-là, il n'y a guère de désir qui n'ait besoin des richesses pour se satisfaire. L'amour des richesses devient, pour ainsi dire, le grand chemin des passions humaines. Tous les autres y aboutissent ou le traversent.
Le goût de l'argent et la soif de la considération et du pouvoir se confondent alors si bien, dans les mêmes âmes, qu'il devient difficile de discerner si c'est par ambition que les hommes sont cupides, ou si c'est par cupidité qu'ils sont ambitieux. C'est ce qui arrive en Angleterre où l'on veut être riche pour parvenir aux honneurs, et où l'on désire les honneurs comme manifestation de la richesse. L'esprit humain est alors saisi par tous les bouts et entraîné vers le commerce et l'industrie qui sont les routes les plus courtes qui mènent à l'opulence.
Ceci, du reste, me semble un fait exceptionnel et transitoire. Quand la richesse est devenue le seul signe de l'aristocratie, il est bien difficile que les riches se maintiennent seuls au pouvoir et en excluent tous les autres.
L'aristocratie de naissance et la pure démocratie sont aux deux extrémités de l'état social et politique des nations; au milieu se trouve l'aristocratie d'argent; celle-ci se rapproche de l'aristocratie de naissance en ce qu'elle confère à un petit nombre de citoyens de grands priviléges; elle tient à la démocratie en ce que les priviléges peuvent être successivement acquis par tous; elle forme souvent comme une transition naturelle entre ces deux choses, et l'on ne saurait dire si elle termine le règne des institutions aristocratiques, ou si déjà elle ouvre la nouvelle ère de la démocratie.[Retour à la Table des Matières]
PREMIÈRE PARTIE.
Influence de la Démocratie sur le Mouvement intellectuel aux États-Unis.
- Chapitre I.—De la méthode philosophique des Américains. [1]
- Chapitre II.—De la source principale des croyances chez les peuples démocratiques. [10]
- Chapitre III.—Pourquoi les Américains montrent plus d'aptitude et de goût pour les idées générales que leurs pères les Anglais. [21]
- Chapitre IV.—Pourquoi les Américains n'ont jamais été aussi passionnés que les Français pour les idées générales en matière politique. [31]
- Chapitre V.—Comment, aux États-Unis, la religion sait se servir des instincts démocratiques. [35]
- Chapitre VI.—Des progrès du catholicisme aux États-Unis. [53]
- Chapitre VII.—Ce qui fait pencher l'esprit des peuples démocratiques vers le panthéisme. [57]
- Chapitre VIII.—Comment l'égalité suggère aux Américains l'idée de la perfectibilité indéfinie de l'homme. [61]
- Chapitre IX.—Comment l'exemple des Américains ne prouve point qu'un peuple démocratique ne saurait avoir de l'aptitude et du goût pour les sciences, la littérature et les arts. [67]
- Chapitre X.—Pourquoi les Américains s'attachent plutôt à la pratique des sciences qu'à la théorie. [79]
- Chapitre XI.—Dans quel esprit les Américains cultivent les arts. [93]
- Chapitre XII.—Pourquoi les Américains élèvent en même temps de si petits et de si grands monuments. [103]
- Chapitre XIII.—Physionomie littéraire des siècles démocratiques. [107]
- Chapitre XIV.—De l'industrie littéraire. [119]
- Chapitre XV.—Pourquoi l'étude de la littérature grecque et latine est particulièrement utile dans les sociétés démocratiques. [121]
- Chapitre XVI.—Comment la démocratie américaine a modifié la langue anglaise. [125]
- Chapitre XVII.—De quelques sources de poésie chez les nations démocratiques. [139]
- Chapitre XVIII.—Pourquoi les écrivains et les orateurs américains sont souvent boursouflés. [153]
- Chapitre XIX.—Quelques observations sur le théâtre des peuples démocratiques. [157]
- Chapitre XX.—De quelques tendances particulières aux historiens dans les siècles démocratiques. [167]
- Chapitre XXI.—De l'éloquence parlementaire aux États-Unis. [175]
DEUXIÈME PARTIE.
Influence de la Démocratie sur les sentiments des Américains.