—Diable! fit Quaterquem, on ne peut même pas rendre le plus petit service à un ami sans que les femmes s'en mêlent. Je te promets de ne plus me mêler de rien.»

Moyennant cette promesse, il eut sa grâce; et Corcoran, toujours hospitalier, malgré la sortie qu'Alice venait de faire, lui fit ses adieux avec autant de cordialité que si elle eût poussé Quaterquem à le secourir.

Sita offrit à sa nouvelle amie un collier de diamants d'un prix inestimable. Il avait appartenu à la célèbre Nourmahar, qui fut pendant trois générations la plus belle femme de tout l'Hindoustan, et il avait été conquis par le bisaïeul d'Holkar sur le petit-fils de Nourmahar.

Alice se défendit quelque temps de l'accepter, quoiqu'elle en brûlât d'envie; mais la générosité de Sita lui faisait sentir bien délicatement la dureté qu'elle venait de montrer.

«C'est le souvenir d'une amie, dit Sita. Si mon cher et bien-aimé Corcoran est vainqueur, je n'aurai pas besoin de ces trésors. L'Hindoustan est à nous. S'il est vaincu, il se fera tuer, et moi je ne lui survivrai pas. Je monterai sur le bûcher, comme ma grand'mère Sita la Videhaine; et, ayant eu le plaisir d'appartenir au plus glorieux des hommes, je me poignarderai moi-même pour le retrouver plus tôt et me confondre avec lui dans le sein de Brahma!»

Sita parlait avec tant de simplicité, qu'Alice vit bien que sa résolution était prise. Elle accepta en fin ce don inestimable et embrassa Sita avec une tendresse véritable. Elle pensait ne la revoir jamais; car, en bonne Anglaise qu'elle était, il lui semblait impossible que Corcoran fût vainqueur. Pour lui, avec une douce et cordiale gravité, il fit ses adieux à Quaterquem et à sa femme et embrassa ses amis en homme résolu à vaincre ou à mourir.

«Mon cher Quaterquem, dit-il au Malouin, je ne sais si je te reverrai. Garde-moi cette caisse en dépôt dans ton île. Si tu apprends qu'il nous soit arrivé malheur, ouvre-la. Ce qu'elle contient est à toi. Si je suis vainqueur, je te la redemanderai.»

Et se penchant à son oreille:

«Ce sont les pierreries du vieil Holkar, dit-il à voix basse. Elles valent plus de quinze millions de roupies. Ce sera, quoi qu'il arrive, l'héritage de Rama. Adieu.