Corcoran, apprenant par ses éclaireurs que les Anglais s'avançaient, se porta sur une colline assez élevée qui dominait la plaine, car il n'avait pas grande confiance dans la bravoure de ses soldats, et il voulait s'assurer au moins l'avantage du terrain. Il fit même creuser à la hâte un fossé de dix pieds de large et de trois pieds de profondeur,—non que cette précaution lui parût très-utile, puisque les Anglais n'avaient plus de cavalerie,—mais parce qu'il voulait leur faire croire qu'il se tenait sur la défensive, et les engager eux-mêmes à prendre l'offensive. Son intérêt était, au contraire, d'en finir promptement avec ce corps d'armée, pour courir ensuite sur Barclay et l'accabler à son tour.

La ruse réussit admirablement.

Sir John Spalding était un gros gentleman, gras et bien nourri, très-brave sans doute, mais qui n'avait jamais fait la guerre, et qui n'avait aucune expérience de l'Inde. Sa vie s'était passée en Angleterre, au camp d'Aldershot, à Gibraltar, à Malte, à la Jamaïque; il avait vu le feu, pour la première fois, trois jours auparavant. Toute sa tactique consistait en trois points: ébranler l'ennemi avec l'artillerie, le renverser à coups de baïonnette, et le faire sabrer par la cavalerie.

Par hasard, sa première expérience avait fort bien réussi, de sorte qu'il se regardait comme un Wellington ou un Marlborough. L'ardeur désordonnée de sa cavalerie, qui avait couru sur Bhagavapour sans l'attendre, ne lui causait aucune inquiétude.

A chaque pas, on lui amenait des prisonniers. Toute l'armée du maharajah lui paraissait dispersée sans retour, et l'aurait été en effet sans l'arrivée imprévue et l'attaque impétueuse de Corcoran.

Il se berçait, lui aussi, des illusions qui avaient fait un instant le bonheur de Barclay. Mais, avant tout, il fallait entrer le premier dans Bhagavapour. Entre lui et Barclay, c'était une course au clocher. (Il ignorait encore le désastre de son rival et l'incendie de son camp.)

C'est dans ces dispositions que le rencontra le messager qui apportait la funeste nouvelle de l'échec subi par sa cavalerie. D'abord il n'en voulut rien croire, et comme le messager était Indou, il le fit arrêter, se proposant de le faire fusiller aussitôt que le mensonge serait évident. Puis, quelques cavaliers arrivèrent, et racontèrent la destruction complète de trois régiments de cavalerie européenne.

«Trois régiments! s'écria Spalding, au comble de la fureur. Où est l'âne bâté qui les commandait? Où est le colonel Robertson?

—Mort, général.

—Où est le major Mac Farlane?