Vers six heures du matin, on arriva à cinq cents pas environ de l'armée mahratte, dont une partie était rangée en bataille, et l'autre dispersée en tirailleurs.
Sir John Spalding, toujours ferme dans ses idées de tactique militaire, commença le feu en lançant quelques volées de mitraille sur la cavalerie de Corcoran, qui se retira en bon ordre à l'abri d'un petit bois et attendit là l'ordre de charger. L'artillerie mahratte répondit à peine au feu des Anglais et, dès le début de l'engagement, se retira dans un pli de terrain comme découragée. Cette artillerie, peu nombreuse d'ailleurs en égard au nombre des troupes, paraissait facile à enlever, malgré les broussailles et les obstacles naturels qui défendaient la position.
«C'est le moment d'aborder cette canaille à la baïonnette, dit sir John Spalding.
—Prenez garde! s'écria le transfuge Usbeck, vous ne connaissez pas le maharajah.»
Sir John Spalding referma sa lunette d'approche, regarda l'Afghan avec un mépris inexprimable et dit:
«Ce n'est pas mon habitude de demander conseil. Churchill, dites aux Highlanders d'avancer.»
Churchill obéit.
Aussitôt on entendit dans la plaine le son des cornemuses et des pibrochs d'Écosse. Les robustes Highlanders aux jambes nues s'avancèrent lentement et en bon ordre comme à la parade, et commencèrent à escalader la colline où les attendait le gros de l'armée mahratte.
Un silence terrible régnait sur la champ de bataille. Les deux artilleries se taisaient; l'anglaise ayant fait place à l'infanterie, et la mahratte ne paraissant pas encore ou disparaissant déjà. On voyait les sous-officiers anglais maintenir l'alignement avec les crosses de leurs fusils. Quant aux Mahrattes, à demi cachés dans les broussailles et les fourrés, ils attendaient le choc avec une terrible anxiété.
Déjà les Highlanders n'étaient plus qu'à dix pas du fossé creusé sur le penchant de la colline, quand tout à coup Corcoran tira son sabre et s'écria: