«En joue! feu!»
Au même instant, quinze cents Mahrattes, couchés à plat ventre, se levèrent à demi et fusillèrent à bout portant les assaillants. Deux batteries masquées, de vingt canons chacune, firent feu en même temps à cinquante pas de distance sur les flancs et les derrières des Highlanders.
En cinq minutes, la colonne fut aux trois quarts détruite. Cependant ceux qui survivaient s'avancèrent avec une intrépidité admirable jusqu'au fossé, le franchirent, culbutèrent les Mahrattes qui l'occupaient, et continuèrent leur marche vers le haut de la colline.
Mais, là, un nouvel ennemi les attendait. Les artilleurs mahrattes, qui s'étaient repliés au commencement de la bataille, reprenaient leur poste sur l'ordre de Corcoran; et de deux régiments de Highlanders fusillés et mitraillés en face, par derrière et sur les flancs, il ne resta pas cinquante hommes valides; encore furent-ils forcés de se rendre.
Pendant ce temps, sir John Spalding voyait avec désespoir la destruction de son infanterie d'élite; mais l'ouragan de mitraille qui balayait la plaine et le pied de la colline, rendait tout secours impossible. Bientôt même il dut songer à couvrir la retraite, menacée par Corcoran.
Le maharajah, jugeant la bataille gagnée au centre, donna ordre à la cavalerie de se déployer sur le flanc de l'infanterie anglaise et de couper ses lignes de communications. Spalding effrayé commanda la retraite, et les Mahrattes saluèrent cet ordre par de longs cris de joie.
C'était la première fois qu'une armée indienne, commandée il est vrai par un Français, voyait fuir une armée anglaise à forces égales. Aussi l'enthousiasme des soldats de Corcoran ne connaissait plus de bornes.
«C'est Vichnou, disait-on. C'est le divin Siva. C'est Rama lui-même qui s'est incarné de nouveau pour défendre son peuple contre ces barbares au teint blanc et à la barbe rouge.»
Corcoran ne s'arrêta pas à écouter son éloge Toujours pressé d'en finir avec Spalding pour revenir vers Barclay, il lança sa cavalerie sur toutes les routes, avec ordre de dépasser l'armée anglaise, d'entasser toutes sortes d'obstacles, pour lui rendre la fuite impossible, et de l'éloigner de la Nerbuddah pendant qu'il suivait Spalding de près avec son infanterie et le harcelait avec son artillerie légère.
Mais celui qui fuit la mort a toujours plus de chances d'échapper que son ennemi n'en a de la lui donner; car l'un pense toujours à se sauver, tandis que l'autre ne pense pas toujours à le poursuivre.