Celui-ci, éloigné de Bombay, sa base d'opérations, était fort inquiet. Les vivres manquaient. Il recevait tous les jours de lord Braddock des dépêches qui l'avertissaient de se hâter, afin que le bruit de sa victoire couvrît l'échec désastreux de sir John Spalding. Cependant il n'osait pas donner l'assaut au camp retranché, et sa cavalerie, privée de tout, ne pouvait atteindre celle de Corcoran, qui se montrait chaque jour en vingt endroits différents.
Un funeste incident, qui devait amener le dénoûment de cette longue histoire, tira enfin Barclay d'embarras.
Un soir, comme Corcoran rentrait au camp après une escarmouche assez vive, Baber se présenta et annonça que Sita, Rama, Scindiah, Louison et Garamagrif venaient de tomber au pouvoir de l'armée anglaise.
A cette terrible nouvelle, Corcoran fut saisi d'un désespoir si profond, qu'on craignit un instant qu'il ne voulût se brûler la cervelle. Quoi! Tant de travaux perdus! tant de sang versé inutilement! tant de grands projets renversés en un jour!
Cependant telle était la force d'âme du maharajah, qu'il ne perdit pas une minute à se plaindre du sort.
«D'où tiens-tu cette nouvelle? demanda-t-il à Baber.
—Hélas! seigneur maharajah, j'ai été témoin de tout. Vous étiez parti depuis une heure avec la cavalerie. La reine, justement impatiente de vous revoir, sortit du camp pour aller à votre rencontre. Malheureusement, nous tombâmes dans un parti de cavalerie anglaise. Notre escorte prit la fuite. Alors je me glissai comme je pus entre les jambes des chevaux et je revins ici sous une pluie de balles.»
Corcoran réfléchit un instant.
«Qu'est devenue Louison? demanda-t-il.
—Seigneur, Louison, Garamagrif et Scindiah n'ont pas quitté un instant Sa Gracieuse Majesté.