—Qui prendra soin de Rama?» demanda Corcoran.
Mais Rama voulut à son tour suivre sa mère.
«Au fait, pensa Corcoran, la lutte qui s'engage est décisive. Si je laisse Sita et Rama à Bhagavapour, je craindrai toujours pour eux quelque trahison. Autant vaut les emmener avec moi.»
Naturellement Scindiah était aussi du voyage, ainsi que Garamagrif et Louison, car Rama voulut tout emmener, même son ami Moustache. Après quelques objections, le maharajah se laissa fléchir, et, précédant lui-même de cinq jours le reste de la caravane, il leur donna rendez-vous au camp et partit seul pour prendre le commandement de l'armée. Sougriva fut chargé, comme à l'ordinaire, de le remplacer en son absence.
Il était temps que Corcoran arrivât, car les renseignements de Baber n'étaient que trop vrais. Barclay avançait à grands pas dans le pays mahratte, et l'armée de Corcoran reculait toujours sans livrer une seule bataille. Les soldats se décourageaient, murmuraient et commençaient à déserter.
C'est alors que le maharajah se présenta seul, à cheval, suivant sa coutume, à l'entrée du camp.
C'était le matin, et toute l'armée, ranimée par sa présence, ne demanda plus qu'à se battre.
Mais Corcoran ne voulait rien hasarder. Ses soldats n'étaient pas encore assez exercés et assez aguerris pour aborder sans frémir la redoutable et solide infanterie anglaise. Il fallait donc, avant tout, en harcelant l'ennemi par de fréquentes escarmouches, donner aux Mahrattes plus de confiance en eux-mêmes. Plus tard il serait toujours temps de livrer une bataille décisive.
Corcoran suivit ce plan avec une persévérance extraordinaire. Il creusa des retranchements, construisit des redoutes, entoura son camp d'un fossé profond, le garnit de palissades au travers desquelles se montraient les gueules de deux cents canons. Puis, à la tête de sa cavalerie montée sur des chevaux berbères et turcomans, sobres, prompts, légers et durs à la fatigue, il battit tout le pays, enleva les convois qui approvisionnaient le camp anglais, et réduisit Barclay presque à la famine.